La représentation… encore

Je sors d’un atelier de travail de deux jours à la KU de Leuven, organisé par Alessandro Mulieri, un jeune chercheur en philosophie / histoire médiévale / science politique, qui avait pour thème « The Polysemy of Political Representation: Historical and Theoretical Approaches ». La représentation politique, donc. Encore. C’est ce que je me suis dit en lisant l’invitation d’Alessandro : encore parler de représentation ? N’a-t-on pas au fond tout dit ?

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Ca m’a rappelé la réaction d’une collègue plus avancée, très sympathique et bienveillante au demeurant, à qui j’avais parlé il y a quelques années de mon projet CNRS, portant sur la représentation des ouvrier-e-s au XIXe siècle. Elle aussi avait demandé « la représentation, encore ? » Non pas, bien sûr, pour invalider mon projet, mais plutôt comme une surprise spontanée devant ce qui, à un moment donné, a du lui apparaître comme une obsession coupable pour ce concept. C’est vrai, j’y ai consacré mon mémoire de recherche à Sciences po (la représentation chez Bernard Manin), de DEA à Paris 8 (la représentation chez Proudhon), de thèse (la représentation chez 1848), et un certain nombre d’articles, projets, réflexions, et autres.

Et pourtant j’en veux encore. Parce que pour peu qu’on sorte la tête de France, il se passe des tas de choses dans l’étude (historique, conceptuelle et théorique, je ne me prononce pas sur les études sociologiques) de la représentation. Vieux concept un peu moisi de la théorie démocratique, comparé aux beaucoup plus chics délibération ou participation, il connaît un retour en grâce depuis la fin des années 1990. En 15 ou 20 ans, la production en théorie politique sur la représentation a été profonde, stimulante et cumulative. Au point que si l’on a commencé à bosser comme je l’ai fait sur le sujet au début des années 2000, on a littéralement pu voir les choses changer, les différentes étapes, prendre la mesure des progrès accomplis. Pour un concept aussi ancien, c’est rare et tout à fait fascinant.

Allez quelques références récentes en théorie politique anglo-américaine :

Ankersmit Franklin Rudolf, Political representation, Stanford (Calif.), Stanford university press, 2002.

Castliglione Dario et Warren Mark E., « Rethinking democratic representation: eight theoretical issues », texte de conférence, 2006

Disch Lisa, « Toward a mobilization conception of democratic representation », American Political Science Review, vol. 105, n°01, 2011, p. 100–114.

Rehfeld Andrew, « Towards a general theory of political representation », Journal of Politics, vol. 68, n° 1, 2006, p. 1-21

Saward Michael, The representative claim, Oxford, Oxford University Press, 2010.

Urbinati Nadia, Representative democracy: principles and genealogy, Chicago (Ill.), the University of Chicago press, 2006.

Urbinati Nadia et Warren Mark E., « The Concept of Representation in Contemporary Democratic Theory », Annual Review of Political Science, vol. 11, juin 2008, p. 387-412.

 

Chacune de ces références a été été sacrément importante dans le champ, au point de complètement transformer, à elles toutes, l’étude théorique de la représentation et de la démocratie. Et pourtant, il reste tant à faire.

En particulier, on commence à peine à découvrir, en théorie politique, les travaux allemands d’histoire conceptuelle sur la question, en premier lieu la somme de Hasso Hofmann, malheureusement jamais traduite en français ni en anglais (mais en italien oui, et puis on a fait traduire avec Yves Sintomer un petit morceau, ainsi qu’un résumé de la notice Repräsentation du Geschichtliche Grundbegriffe par Adalbert Podlech). On commence à peine à prendre conscience de l’importance et de la richesse de la pensée médiévale de la représentation. On commence à peine à sortir de l’équivalence représentation – élections – gouvernement représentatif qui a asséché la réflexion et a amené tant de penseurs/ses à se détourner du concept. On a même pas vraiment commencé à prendre en considération les expériences et pensées de la représentation politique en dehors d’Europe occidentale.

Donc oui, il y a encore du travail sur la représentation, beaucoup de travail. D’ailleurs, autopromo, j’organise les 18 et 19 novembre (save the date) avec le philosophe Jose Maria Rosales à Paris un colloque d’histoire conceptuelle comparée sur, devinez quoi, le concept de représentation. Hé oui, la représentation. Encore.

Bien finir sa thèse (1) : vers le dépôt

C’est la rentrée, et parmi son cortège de petits plaisirs, celui de voir des collègues en voie de finir leur thèse n’est pas le moindre. Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des pays, le calendrier du Conseil national des universités (CNU) fait qu’une bonne partie des soutenances en France se déroulent entre octobre et décembre. En effet, pour demander sa qualification à l’exercice des fonctions de maître de conférence (MCF), nécessaire pour ensuite postuler lors de la campagne synchronisée de MCF, il faut avoir soutenu sa thèse avant une date donnée (pour la session 2017, c’est le 14 décembre 2016). Du coup, par rapport aux candidatures MCF (ou CNRS d’ailleurs), ça n’apporte pas grand chose de soutenir plus tôt dans l’année civile. D’où embouteillages, et ça devrait à mon avis être réformé, mais c’est une autre histoire. Bref, c’est l’occasion rêvée pour dire quelques trucs sur la fin de thèse, principalement à partir de mon expérience et de celle de mes ami-e-s.

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Commençons par les quelques mois qui précèdent le dépôt de la thèse. On peut dire que la période de la fin de thèse commence quand trois éléments se mettent en place : on a une date de soutenance, un jury et, le plus important, un corps de thèse rédigé. Pas forcément tout, mais suffisamment pour être sûr-e de pouvoir déposer dans un temps resserré. En gros, dès qu’il ne vous reste à écrire que l’intro, la conclusion, la biblio et les annexes, vous pouvez contacter votre directeur/trice pour lui proposer de fixer une date : il vous reste au jugé entre trois semaines et trois mois de travail.

Une fois que la date et le jury sont fixés, le compte à rebours commence : vous entrez dans une période merveilleuse où le stress et l’excitation vont vous permettre de dégager une très grosse capacité de travail. Ca se paie, physiquement et psychiquement, mais sur le moment c’est souvent assez agréable de se découvrir capable de ça. Profitez-en. Et ne vous relâchez pas : il y a encore des tonnes de choses à faire, des choses plus chronophages qu’on ne se l’imagine. Petit tour d’horizon :

  • Evidemment, le plus important et ce qui prend le plus de temps, c’est d’écrire introduction, conclusion et transitions. Tout le monde le dit, à juste titre : ce sont des parties cruciales de votre travail, les premières (et souvent les seules) qui seront lues par les collègues (en dehors, espérons-le, des membres du jury). C’est surtout vrai pour l’introduction. Mais attention : ce n’est pas une raison pour s’y perdre. Si vous avez attendu la fin de thèse pour écrire l’introduction (ce que je vous conseille très très vivement), c’est aussi pour pouvoir l’écrire en connaissance de cause, avec toutes les cartes en main. C’est rare, mais certaines personnes se trouvent paralysées à ce moment-là de l’écriture. Si ça vous arrive, demandez-vous sérieusement pourquoi (sur un plan tant scientifique que psychologique), faîtes-vous aider si nécessaire, et avancez. Vous y êtes presque.

 

  • Une fois que vous avez tout, vient le moment de la relecture. Pour la relecture, si vous avez bien fait les choses (i.e. si vous avez envoyé en amont vos chapitres à votre directeur/trice et à des expert-e-s extérieur-e-s), vous n’avez plus à être relu sur le fond, mais seulement sur la forme (à part pour l’intro / la conclu éventuellement). Demandez à un-e proche, pourquoi pas même quelqu’un-e qui n’a rien à voir avec le monde académique, car à ce stade vous ne voulez pas forcément des commentaires qui vous amèneraient à revoir des choses en profondeur. Il fallait le faire avant. En plus de la relecture extérieure, il faut que vous vous relisiez aussi, ne serait-ce que pour fignoler vos transitions et pour mettre au point ou vérifier votre bibliographie.

 

  • Ah, la bibliographie… Nous sommes très très inégaux/les devant cette tâche. D’abord parce que certain-e-s font des thèses sans souffrir de névrose obsessionnelle et ne comprennent donc pas à quel point c’est jouissif de faire une belle biblio. Triste. Mais bon, surtout, certain-e-s ont utilisé un logiciel de base de données bibliographiques type zotero tout au long de l’écriture. Ce sont des malins, du coup ils et elles peuvent juste appuyer sur un bouton, et hop, une bibliographie apparaît d’un coup. Cependant attention, vous avez beau avoir fait le bon choix en amont, il faut quand même relire très attentivement : la base de données contient forcément des coquilles, le processus de collecte donnant rarement des résultats parfaits. Ca sera l’occasion de nettoyer votre base de données, c’est long mais ça en vaut la peine. Après, deuxième catégorie, les gens qui n’ont pas utilisé ce type de logiciels (grosse grosse erreur). Si vous avez fait la biblio au fur et à mesure, vous avez juste à faire un copier-coller, vous avez toujours tort de pas avoir utilisé zotero mais vous ne vous en rendez pas encore compte. Ca viendra. Reste la catégorie des gens qui n’ont pas zotero et pas fait de bibliographie sérieuse au fur et à mesure. Mon conseil : passez à zotero. Oui, même à 15 jours du dépôt de la thèse. Ca va être long et pénible, mais au moins ça sera fait, vous pouvez faire ça en relisant votre thèse en même temps, vous pourrez compléter vos références, et à la fin, quel bonheur, un clic et hop la biblio est là (ce conseil ne vaut que si vous comptez continuer la recherche ; sinon c’est moins pertinent). C’est ce que j’ai fait, à trois semaines du dépôt de la thèse, je ne l’ai pas regretté. Pour finir, une fois la bibliographie écrite ou générée, vous pouvez la classer en catégories si vous le souhaitez, il y a plusieurs écoles, pour ma part je trouve que c’est pas très utile pour une thèse mais à vous de voir. Par ailleurs, je conseille vivement de ne mettre que les ouvrages et articles cités ; le but n’est pas de mettre toutes les références lues, encore moins toutes les références existant sur votre sujet, mais bien toutes les références effectivement utilisées.

 

  • Les autres annexes nécessaires dépendent complètement de la discipline et de la sous-discipline, difficile de donner des conseils généraux sur ce point. Une exception : l’index. A priori, quelle que soit votre discipline (en tout cas en SHS), vous aurez cité des gens et utilisé des concepts, ouvrant la possibilité à au moins un index des noms et un des notions. D’un point de vue technique, c’est relativement simple, il suffit de faire un tableau comprenant les termes à repérer et la façon dont ils doivent apparaître dans l’index, puis votre traitement de texte va générer l’index automatiquement (pour Word, en mettant des balises partout, ce qui fait que même si la pagination change, l’index s’adaptera). Après, il y a toujours des petits problèmes à régler, par exemple s’il y a des homonymes ou si des personnes citées portent des noms utilisés aussi comme noms communs (coucou Louis Blanc). Comptez une dizaine d’heures pour l’index des noms, peut-être un peu plus pour celui des notions. Après, est-ce nécessaire ? Tout dépend. Ca fait bien, en tout cas, et ça peut être utile aux lecteurs/trices, surtout l’index des noms. Si vous avez un jour d’avance sur votre programme, c’est pas idiot de l’utiliser à ça.

 

  • Pour vous récompenser de votre travail, faîtes vous le plaisir de rédiger les remerciements. C’est toujours un moment agréable de se remémorer de toutes les personnes qui ont aidé à la réalisation de votre chef d’oeuvre, alors ne bâclez pas ça si vous pouvez.

 

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Voilà, normalement à ce stade vous avez un manuscrit complet, avec intro, conclu, annexes. N’oubliez pas le résumé et les mots-clés (en français et en anglais), ainsi que la page de garde, mais ça devrait aller rapidement. Maintenant, passez le tout en pdf : c’est important, car c’est là que vous verrez s’il y a des problèmes de mise en page. Normalement, vous aurez utilisé une feuille de style (souvent imposée par l’établissement), ce qui limite grandement les chances de problèmes, mais on se sait jamais. N’oubliez pas quelques règles simples de mise en page (les chapitres commencent sur la page de droite, par exemple, donc aux numéros impairs, par convention on ne numérote pas la page de garde, ce genre de choses) et tout ira bien, vous aurez un joli pdf bien propre à imprimer. Félicitations.

 

Mais tout ceci ne représente qu’une partie du travail – certes la plus importante. Il y a un autre aspect dans la préparation du dépôt de thèse, c’est tout le côté administratif. Les conditions sont ici très variables selon les établissements, mais une chose est sûre : il est très risqué d’attendre le dernier moment pour organiser sa soutenance de thèse, et donc le dépôt. Une fois que vous avez fixé une date avec votre directeur/trice et les membres du jury (normalement cette tâche ne vous incombe pas mais dans les faits vous serez sûrement mis-e à contribution), il est impératif d’aller au plus vite voir les services administratifs concernés (école doctorale + bureau de thèse) pour faire savoir votre date prévue de soutenance, réserver une salle (plus vous viendrez tôt dans l’année, plus vous aurez des chances d’avoir une bonne salle) et vous faire expliquer plus en détail la procédure de dépôt.

 

Tout ceci est désormais réglé par le très poétique arrêté du 25 mai 2016 « fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat ». Oui, c’est récent, et pas mal de choses ont changé, du coup je vous conseille vivement d’aller lire cet arrêté.

Un élément crucial est la question du délai. Si l’on suit l’arrêté, le/a doctorant-e doit déposer la thèse un mois avant la soutenance. Dans les faits, la plupart des établissements demandent un délai considérablement plus long (entre 8 et 12 semaines). Il y a là une vraie marge de négociation, sachant bien sûr que plus vous aurez prévu en amont, plus simple ça sera. Attention néanmoins à prévenir les membres du jury, surtout les pré-rapporteurs/trices, si vous souhaitez repousser un maximum la date de dépôt : ils et elles sont censé-e-s rendre leur pré-rapport deux semaines minimum avant la soutenance, donc si vous rendez pile un mois avant la soutenance, ça leur laisse peu de temps. Ca se gère, mais là aussi, prenez vous y très en amont. Une fois que vous avez déclaré une date de dépôt, essayez de la respecter : vous allez mobiliser pas mal de personnes pour vous lire, elles sont peut-être (sûrement) dans d’autres jurys de thèse et ont organisé leur agenda en fonction, et ce ne serait ni poli ni stratégique de ne pas respecter vos engagements (sauf souci imprévu évidemment).

Quand approche enfin le jour du dépôt, une question fondamentale se pose : l’impression. Jusqu’ici, les doctorant-e-s devaient faire imprimer leur thèse et la déposer en X exemplaires, pour les membres du jury et la bibliothèque (avec souvent la nécessité d’en imprimer quelques-uns de plus pour les futures qualifications). Cela donnait lieu à des combats épiques pour voir ce coût parfois important pris en charge par le laboratoire ou l’école doctorale. Depuis le nouvel arrêté (art. 24), les choses sont censées avoir changé. Désormais, et c’est un changement très bienvenu, le/a doctorant-e dépose seulement un fichier électronique, point. S’il y a des exemplaires à imprimer (à la demande des membres du jury), c’est à la charge de l’établissement, et non du ou de la doctorant-e. Ca, c’est sur le principe, reste à savoir comment ça va être appliqué. En cas de problème, n’hésitez pas à imprimer l’arrêté et à le montrer au bureau des thèses, mais soyez souples : s’il est hors de question que vous déboursiez un centime, il est possible que vous deviez vous charger vous-même de gérer l’impression avec la reprographie. Ne cédez pas sur l’argent, mais ne vous lavez pas entièrement les mains de cet aspect : ce n’est pas à vous d’organiser l’impression, certes, mais ce n’est pas non plus aux membres du jury de se battre pour obtenir un exemplaire papier s’ils et elles le souhaitent.

 

Voilà, c’est très résumé et il manque sûrement beaucoup de choses, donc n’hésitez pas à contribuer par vos commentaires ! A bientôt pour la deuxième partie de cette note, sur la préparation de la soutenance. Bon courage à tou-te-s.

 

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L’histoire conceptuelle à l’ECPR 2016, un rapide bilan

Le congrès de l’European Consortium for Political Research 2016 touche à sa fin. C’est l’occasion de faire un petit point, non pas sur toute la conférence, mais sur une section en particulier, celle organisée par le Standing Group (SG) « Political Concepts », et qui était intitulée cette année « Contested Concepts and their Trajectories » (organisatrices : Anthoula Malkopoulou  et Annelien De Dijn).

Le SG a été créé en 2014 par Claudia Wiesner et Kari Palonen et compte actuellement 178 membres. C’est la troisième fois que le SG organise une section. Au Congrès 2014 c’était « Key Concepts in Political Science: Fields, Issues and Arenas of their Change » (organisateurs/trices : Claudia Wiesner et Kari Palonen) ; en 2015 « Concepts in Political Science: From Local to Global » (organisatrices : Claudia Wiesner, Taru Haapala, Anthoula Malkopoulou). Bien que l’on puisse trouver ici ou là un papier qui relève de cette discipline dans d’autres sections, c’est à chaque fois dans les panels de cette section qu’ont été regroupés les interventions en histoire conceptuelle.

Première remarque : la popularité de l’histoire conceptuelle à l’ECPR va croissante. En 2014 il y avait 26 papiers sur 6 panels, en 2015 41 papiers sur 11 panels, en 2016, 62 sur 13 panels – pour une centaine de propositions faites aux organisatrices. Cela ne signifie pas pour autant nécessairement une montée en puissance de l’histoire conceptuelle dans la discipline, beaucoup d’autres facteurs pouvant jouer, notamment le très peu d’espaces en Europe (à part le réseau Concepta) où les historien-ne-s conceptuel-le-s peuvent échanger.

Deuxième remarque : la stabilité pour le moment de l’ancrage de l’histoire conceptuelle dans les réseaux d’Europe du Nord et d’Allemagne. Kari Palonen constitue de ce point de vue la référence incontestable, et ses collaborateurs/trices et ancien-ne-s doctorant-e-s font une grande partie du travail d’animation des réseaux européens d’histoire conceptuelle, en tout cas en science politique. Il y a aussi une forte présence allemande, sûrement du fait de l’importance de la Begriffsgeschichte de Reinhart Koselleck.

Troisième remarque : si l’animation du réseau est principalement localisée en Europe du Nord et en Allemagne (parmi les chairs/discutant-e-s des panels, on a 8 Allemand-e-s, 6 Suédois-e-s, 5 Finlandais-es, 6 sur 5 autres nationalités), il n’en va pas entièrement de même pour les participant-e-s. Ainsi, si c’est bien les Allemand-e-s les plus nombreux/ses auteur-e-s de papiers, avec 13 mentions, on trouve 11 Anglais-es, 8 Suédois-es, 5 Français-es, 4 Finlandais-es, 4 Italien-ne-s, 4 Suisses, 4 Hollandais-es, 15 autres sur 10 nationalités. Evidemment ces résultats sont à prendre avec des pincettes, car ils reposent sur l’institution déclarée (éliminant donc la question de la mobilité, du multi-ancrage, d’exceptions comme l’IUE de Florence…), et que les auteur-e-s et organisateurs/trices ont été compté-e-s  à chaque mention, ce qui peut donner aux pays de quelques individus centraux un poids légèrement surdimensionné. Toujours est-il que la situation des personnes travaillant au Royaume-Uni, présentes dans les papiers mais pas dans l’organisation, est intéressante et mériterait une analyse plus poussée.

Pour poursuivre, il faudrait étudier le statut des personnes concernées, car il semble à première vue y avoir parmi les organisateurs/trices une sur-représentation des chercheur-e-s en post-doctorat. On pourrait aussi regarder les concepts les plus travaillés, peut-être les auteur-e-s les plus cité-e-s (mais il faudrait pour cela un accès aux papiers), comparer à la fois les thèmes et les caractéristiques des participant-e-s avec d’autres sous-disciplines proches comme la théorie politique et l’histoire des idées, comparer avec d’autres congrès internationaux…. Quoiqu’il en soit, l’histoire conceptuelle semble, de congrès en congrès, prendre une certaine importance dans l’ECPR, ce dont je me réjouis vivement.

 

Séparer l’enseignement et la recherche, une voie sans issue

[Cette tribune a été publiée dans Libération le 21 juillet. Version originale ici]

Dans les débats sur l’université, la voix des étudiants et des étudiantes, pourtant de loin les plus nombreux des usagers de cette institution (plus de 1,5 million), est rarement entendue. Aussi ne peut-on que se réjouir de lire une tribune signée par deux d’entre eux, publiée le 29 juin dans ces pages sous le titre « Recherche et enseignement, frères ennemis ». Leur propos est clair : selon eux, la recherche occupe une place trop grande dans la vie professionnelle de leurs enseignantes et enseignants. Ils voudraient que le premier cycle de l’université, la licence, soit animée non plus par des enseignants-chercheurs, mais par des enseignants à plein temps, comme dans le secondaire. Les enseignants-chercheurs seraient alors cantonnés aux masters spécialisés, destinés principalement aux futurs chercheurs. Les auteurs de la tribune espèrent ainsi se voir dispenser un enseignement de meilleure qualité.

Il faut prendre la mesure de ce qu’une telle tribune révèle en tout premier lieu : la prise de conscience généralisée, au-delà des seuls professionnels, du fait que le monde académique traverse une crise grave. La description que ces deux étudiants font des enseignants-chercheurs nous semble caricaturale. Mais elle est le reflet déformé d’une réalité sinon nouvelle, du moins renforcée ces dernières années : l’omniprésence d’une logique de compétition entre chercheurs, entre laboratoires et entre établissements. Cette compétition se fait de plus en plus sur des critères quantitatifs (nombre de publications, nombre de citations, quantité de financement obtenu, etc.) et ne prend effectivement pas en compte la question de l’enseignement. En conséquence, les activités d’enseignement se trouvent dévalorisées ou ignorées, que ce soit dans les processus de recrutement et d’avancement ou dans la reconnaissance auprès des pairs. Mais, et c’est là que les auteurs de la tribune nous semblent dans l’erreur, il ne s’agit pas, loin s’en faut, d’un choix des enseignants-chercheurs. C’est le résultat de la politique catastrophique des gouvernements successifs vis-à-vis des universités, une politique de destruction animée par un projet néolibéral purement idéologique.

Selon cette politique, résumée par le fameux discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier 2009 et poursuivie sous François Hollande, les universités doivent devenir des entités autonomes, mises en concurrence pour qu’émergent des pôles d’excellence dotés d’une visibilité internationale, où seront formés les cadres de demain. Quant aux établissements qui échoueront à s’imposer, ils devront dispenser une formation professionnelle au rabais, sans lien avec la recherche, censée être immédiatement utilisable par les entreprises. De la même manière, selon cette logique, les chercheurs eux-mêmes doivent entrer en concurrence pour obtenir des crédits leur permettant de faire leur travail, en déposant des projets évalués par une autorité centrale, l’Agence nationale de la recherche (ANR), créée en 2005. Plutôt qu’une juste émulation intellectuelle, c’est une asséchante compétition bureaucratique qui s’engage dans cette attribution des crédits sur projet.

Seize ans après le lancement du processus de Bologne, qui sous couvert de réaliser un espace européen d’enseignement a constitué le cadre de cette mise en concurrence généralisée, le tableau est éloquent. Les universités font face à la concurrence déloyale de formations valorisées sur le marché du travail parce qu’elles sont sélectives et payantes. Au sein des universités, le nombre de postes ne cesse de baisser, créant des générations entières de jeunes enseignants-chercheurs précaires sans perspective d’emploi stable et largement exploités par les universités : ils y dispensent environ 40 % des cours dans des conditions de rémunération et de travail inacceptables. Et tandis que les services administratifs centraux enflent pour faire face à des besoins bureaucratiques grandissants, l’encadrement administratif dans les départements reste gravement insuffisant pour gérer les formations, le poids en incombant dès lors le plus souvent aux enseignants et – surtout – aux enseignantes. Si ces phénomènes ne sont pas nouveaux, ils sont aujourd’hui considérablement plus aigus.

Faut-il alors, comme le proposent les deux étudiants, d’accord en cela avec ceux qui ont mis en œuvre ces politiques, aller jusqu’au bout de la logique et couper les ponts entre la recherche et l’enseignement ? Nous pensons au contraire qu’il est impératif de réaffirmer et de défendre le projet universitaire, en lui donnant justement les moyens de se réaliser. L’université repose sur une idée radicale : l’enseignement supérieur doit être dispensé par des chercheurs, en lien avec leurs recherches, sans poursuivre d’impératif utilitaire immédiat tel que l’apprentissage d’un métier. Le modèle universitaire postule que chacun peut bénéficier, quel que soit son domaine d’activité présent et futur, des connaissances et surtout des méthodes critiques que suppose la recherche. Et à l’inverse, ce modèle suppose que les chercheurs eux-mêmes gagnent à soumettre constamment leurs recherches à l’impératif pédagogique. Cela ne veut pas dire un repli des universitaires sur soi, au mépris des étudiants, bien au contraire : il s’agit, à chaque cours, dès la première année, de faire profiter tous les étudiants de notre ancrage dans le monde de la recherche.

Il est important aujourd’hui d’écouter la juste revendication des étudiants à recevoir un enseignement de qualité. Mais pour cela, il faut renforcer, et non détruire, les liens entre recherche et enseignement, ce qui suppose de mettre fin aux multiples dispositifs bureaucratiques d’évaluation et de mise en concurrence qui sabotent le travail des enseignants-chercheurs. Pour revaloriser l’enseignement, certaines mesures concrètes peuvent être mises en débat. Les modalités de recrutement et d’avancement pourraient être revues pour valoriser cet aspect de notre travail, par exemple en demandant aux candidats et candidates de donner un cours devant les étudiants, comme ça se fait dans d’autres pays. L’ensemble des acteurs de la recherche, y compris ceux du CNRS qui n’ont pas pour vocation première d’enseigner, pourrait être engagé de façon plus systématique au sein de l’université, selon des modalités à définir collectivement, ce qui pourrait permettre d’alléger les charges de tous les enseignants-chercheurs. Enfin, il faudrait mettre en question la centralité des cours magistraux en amphithéâtre et multiplier les cours et les séminaires en plus petits groupes.

Mais ces mesures ne signifient rien sans un changement de cap dans la politique universitaire. En France comme dans toute l’Europe, les partis de gouvernement sont fondamentalement d’accord pour appliquer le même programme, et ne changeront d’avis que face à une contestation massive. Il est de la responsabilité de tous les acteurs du monde de l’enseignement et de la recherche, y compris les étudiants, de tout faire pour arrêter cette politique mortifère et de réfléchir aux moyens de maintenir vivant le projet universitaire.

Paula Cossart, maîtresse de conférences à Lille 3
Marielle Debos, maîtresse de conférences à Paris-Ouest Nanterre
Virginie Dutoya, chargée de recherche au CNRS
Samuel Hayat, chargé de recherche au CNRS
Alban Jacquemart, post-doctorant au Centre d’études de l’emploi
Camille Paloque-Berges, ingénieure de recherche au Cnam
Arnault Skornicki, maître de conférences à Paris-Ouest Nanterre

Samedi 25 avril, Rencontre sur «Démocratie et représentation en 1848»

Démocratie et représentation en 1848

Samedi 25 avril 2015

Lieu : American University of Paris, 147 rue de Grenelle, Paris 7ème, salle 44

Programme

13h30 : Accueil des participant-e-s
13h45 : Introduction de Stephen Sawyer (American University of Paris) sur l’actualité de l’historiographie de 1848.
14h : Sylvie Aprile (Université Lille 3), « Démocratie et représentation : réceptions et appropriations »
14h30 : Christophe Voilliot (Université de Nanterre), « Les infortunes de la représentation. Essai d’interprétation wéberienne de la séquence icaunaise (février-décembre 1848) »
15h : Discussion animée par Louis Hincker (Université de Valenciennes)
16h : Pause
16h30 : Michèle Riot-Sarcey (Université Paris 8), « l’actualité de l’expérience ouvrière de 1848, une question d’histoire »
17h : Samuel Hayat (CNAM), « La révolution de 1848 dans l’histoire de la pensée ouvrière »
17h30 : Discussion animée par Louis Hincker (Université de Valenciennes)
18h30 : Clôture de la rencontre

Ouvert à tou-te-s sans inscription.

Contact : samuel.hayat@cnam.fr et ssawyer@aup.edu

Programme du colloque « La représentation avant le gouvernement représentatif »

Voici le programme (presque définitif) du colloque sur la représentation aux époques médiévale et moderne que Corinne Péneau, Yves Sintomer et moi-même organisons du 12 au 14 mars prochain. L’affiche est disponible ICI.

Le but de ce colloque est d’amener politistes et historiens à dialoguer autour des usages politiques de la représentation, à partir du moment où la notion est présente mais avant l’apparition du gouvernement représentatif, du XIIIe au XVIIIe siècle. La perspective est double : d’une part, balancer l’irréductible spécificité des pratiques en mettant en regard des expériences historiques souvent considérées séparément ; d’autre part, dans une perspective de sociologie historique du politique, questionner et complexifier la généalogie des institutions qui s’imposèrent en Europe et aux États-Unis à partir des révolutions de la fin du XVIIIe siècle et qui, aujourd’hui, semblent confrontées à une crise de légitimité dans les « vieilles démocraties ».

La présentation scientifique générale du colloque est disponible ici.

La représentation politique avant le gouvernement représentatif

12-14 mars 2015

Colloque organisé par le GRePo (groupe de projet de l’Association française de science politique « La représentation politique : histoire, théories, mutations contemporaines »), le CRHEC (Centre de recherche en histoire européenne comparée, Université Paris-Est Créteil) et le CRESPPA-CSU (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris, équipe « Cultures et Sociétés Urbaines », CNRS-Université Paris-Lumières)

En collaboration avec l’Institut Historique Allemand (IHA), l’Association Française de Science Politique, le IRAA et l’HISOMA (CNRS/Université de Lyon 2)

Lieux : IHA, EHESS et Université Paris-Est Créteil

Responsables scientifiques : Corinne Péneau, Samuel Hayat, Yves Sintomer

Jeudi 12 mars 2015. Lieu : Institut historique allemand

8 Rue du Parc Royal, Paris 3e

13:30 : Accueil des participants.

13:50 : Mot de bienvenue de Thomas Maissen, directeur de l’Institut historique allemand

14:00-14:10. Présentation du colloque : Samuel Hayat (Arts et Métiers)

14:10-14:15. Présentation du programme « Désignation » : Liliane Rabatel (IRAA, CNRS/Université de Lyon 2)

La représentation politique : regards croisés

Présidence : Claire Judde de Larivière (Université Toulouse II)

Thomas Maissen (Université de Heidelberg/Institut Historique allemand) : La représentation des républiques à l’époque moderne

Corinne Péneau (UPEC) : « Au nom de tout le peuple ». La représentation en Suède à la fin du Moyen Âge

Alessandro Mulieri (Université de Louvain) : Marsilius of Padua and Political Representation

15:45-16:00 : Pause

Yves Sintomer (Université Paris 8, IUF) : Begriffsgeschichte et comparatisme wébérien : une réflexion à partir de l’histoire de la représentation politique de Hasso Hofmann

16:30-16:45 : Commentaire : Loïc Blondiaux (Université Paris 1)

16:45-17:45 : Discussion

Jeudis de l’IHA, autour d’Olivier Christin

18:00 : Olivier Christin (Université de Neuchâtel) : Pratiques, implications et fonctions politiques et sociales du vote à l’époque moderne

Commentaire : Barbara Stollberg-Rilinger (Université de Münster)

Vendredi 13 mars 2015. Lieu : EHESS

190-198 Avenue de France, Paris 13e, salle 638
8:45 : Accueil des participants

9:00 : Début du colloque

Les catégories de la représentation, de l’Église au politique

Présidence : Virginie Hollard (HISOMA, CNRS/Université de Lyon 2)

Julien Théry (Université de Montpellier) : Hiérarchie, consensus et représentation dans l’Église médiévale. Généalogie ecclésiale du constitutionnalisme occidental ?

Olivier Christin (Université de Neuchâtel) : Sanior pars : enjeux et usages d’une catégorie juridique aux XVIIe-XVIIIe siècles

Stéphane Péquignot (EPHE) : Histoires parallèles. La Generalitat de Catalogne et son double. Étude sur la représentation du Principat durant la « guerre civile »

10:30-10:45 : Pause

Barbara Stollberg-Rilinger (Université de Münster) : Custodians without Mandate: In how far did German territorial estates represent the people?

Raphaël Barat (Université de Lyon II) : La théorie de la représentation et ses contestations dans la République de Genève lors de la crise de 1707
11:45-12:00 : Commentaire de Jean-Marie Donegani (IEP Paris)

12:00-13:00 : Discussion

13:00-14:30 : Pause

Les dynamiques de représentation politiques dans les communes italiennes, XIIe-XVIe siècles

Présidence : Barbara Stollberg-Rilinger (Université de Münster)

Jean-Claude Maire-Vigueur (Université de Rome 3) : Réflexions sur les modes de participation à la vie politique dans les villes de l’Italie communale (XIIe-XIVe siècles)

Lorenzo Tanzini (Université de Cagliari) : Représentation et décision politique dans les assemblées communales italiennes du XIIIe siècle

Jean-Louis Fournel (ENS de Lyon – Paris 8  – IUF) : Le Grand conseil florentin (1494-1512) : l’enfermement de la représentation dans une salle contre les tentations plébiscitaires du parlamento

16:00-16:15 : Pause

Jérémie Barthas (CNRS – IRHiS) : Remarques sur la forme florentine du tribunat de la plèbe et la pensée constitutionnelle de Machiavel

Claire Judde de Larivière (Université Toulouse II) : Gouverner la communauté : collégialité, représentation et distribution du pouvoir dans la lagune de Venise (XVe-XVIe siècle)

17:15-17:30 : Commentaire d’Yves Deloye (IEP Bordeaux, secrétaire général de l’AFSP)

17:30-18:30 : Discussion

samedi 14 mars 2015.

Lieu : université de Paris-ESt-Créteil

Campus centre, 61 Avenue du Général de Gaulle, Créteil, bâtiment I, Salle I1 125

8:45 : Accueil des participants

9:00 : Début du colloque

La représentation symbolique du pouvoir

Présidence : Yves Deloye, (IEP Bordeaux, secrétaire général de l’AFSP)

Doina-Elena Craciun (EHESS). Otton IV sur le reliquaire des Mages à Cologne – image des rapports entre le roi des Romains et les princes électeurs autour de l’an 1200

Naïma Ghermani (Université Pierre Mendès France de Grenoble) : L’armure, un miroir politique? Les usages symboliques des objets princiers dans l’Allemagne du XVIe siècle

Fanny Cosandey (EHESS). La représentation dans le cérémonial monarchique : manifester l’absence

10:30-10 :45: Pause

Représentation et assemblées politiques : regards croisés Saint-Empire- France

Présidence : Yves Deloye, (IEP Bordeaux, secrétaire général de l’AFSP)

Rachel Renault (Université Paris I). « Représenter l’ensemble du pays » : élections, « syndicats » et délégations dans les révoltes antifiscales, aux XVIIe et XVIIIe siècles (Saxe-Thuringe).

Ekaterina Martemyanova (UPEC) : La représentation « imparfaite » : la composition de l’Assemblée générale des communautés en Provence au XVIIIe siècle

11:45-12:00 : Commentaire de Samuel Hayat (Arts et Métiers)

12:00-13:00 : Discussion

Contacts :

Samuel Hayat : samuel.hayat@cnam.fr

Corinne Péneau : peneau@u-pec.fr

Yves Sintomer : sy@cmb.hu-berlin.de