Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir

Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des mouvements sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

La situation

Les images rapportées par les médias comme les déambulations personnelles pendant les événements du 1er décembre ont donné à voir un Paris jamais vu, ni en 1995, ni en 2006, ni 2016, trois moments pourtant où l’espace-temps habituel des mobilisations parisiennes s’était trouvé profondément déformé. Certains ont pu parler d’émeutes ou de situation insurrectionnelle. C’est possible, et pourtant rien ne ressemble à ce qui a pu avoir lieu durant les insurrections de 1830, 1832, 1848 ou 1871. Toutes ces insurrections avaient lieu au quartier, mettant en jeu des sociabilités locales, un tissu relationnel dense permettant aux solidarités populaires de se déployer[1]. Mais le 1er décembre, le feu a pris au cœur du Paris bourgeois, dans ce nord-ouest parisien qui n’avait jusqu’ici jamais été vraiment le théâtre de telles opérations. Loin d’être menées par des forces locales, érigeant des barricades pour délimiter un espace d’autonomie, ces actions ont été le fait de petits groupes mobiles, habitant souvent ailleurs.

Évidemment, les sociabilités locales jouent dans la formation de ces groupes. Il suffit de regarder ailleurs qu’à Paris pour voir la réappropriation collective d’un territoire, la formation de liens durables… Mais le 1er décembre, ces solidarités se sont déplacées dans un espace de manifestation lui-même plutôt habituel : les lieux du pouvoir national. On est là dans un registre tout à fait moderne, n’en déplaise à ceux qui parlent de jacqueries[2] : c’est bien d’un mouvement national et autonome dont il s’agit, pour reprendre les catégories clés par lesquelles Charles Tilly qualifie le répertoire d’action typique de la modernité. Mais les règles de la manifestation, fixées de longue date (on situe généralement leur formalisation en 1909[3]), sont ignorées : pas de cortège, pas de responsables légaux, pas de parcours négocié, pas de service d’ordre, pas de tracts, de banderoles, d’autocollants, mais des myriades de slogans personnels inscrits au dos d’un gilet jaune.

Toute la pratique du maintien de l’ordre en est bouleversée, et on a pu voir combien les professionnels de la répression, malgré leur nombre, leur armement, leur entraînement, s’étaient trouvés débordés, incapables d’assurer même leur propre sécurité, sans parler de celle des biens et des personnes. On peut penser que les forces de l’ordre ne vont pas accepter longtemps de se faire ainsi malmener, et les violences policières, déjà très nombreuses, risquent d’encore s’amplifier, comme les appels à l’extension de l’usage de la force, voire à l’état d’urgence. Cet échec du maintien de l’ordre physique est allé de pair avec un échec encore plus complet du maintien de l’ordre symbolique : un président en déplacement pour un sommet international, un IMG_20181201_162850gouvernement inaudible (la rançon à payer pour un pouvoir personnel s’étant entouré de courtisans médiocres[4] pour qu’aucune ombre n’en affaiblisse l’éclat), le pseudo-parti au pouvoir (LREM) occupé le même jour à élire un nouveau délégué général, comme si de rien n’était.

L’ordre vacillant, la ville était laissée aux manifestants, tout était permis, et ce dans un espace incarnant le privilège, d’où des libertés prises avec les normes habituelles d’utilisation de l’espace public. On ne pleurera pas avec les « familles des vitrines », pour reprendre l’expression consacrée ; cependant il faut prendre la mesure de la menace que cette destruction fait peser sur le pouvoir : que le premier samedi de décembre, les quartiers où s’alignent hôtels et commerces de luxe soient l’objet de tels débordements, forçant la fermeture des grands magasins du boulevard Haussmann, constitue un risque économique significatif[5]. Si l’on décentre le regard de la seule capitale, la mobilisation a été grande dans tout le pays, rendant le maintien de l’ordre d’autant plus coûteux, voire impossible. Laisser pourrir la situation jusqu’à Noël, ce qui devait être une tentation pour les autorités avant le 1er décembre, apparaît désormais impossible.

Le travail de mobilisation

La sociologie des mouvements sociaux a depuis longtemps dessillé les yeux des croyant.e.s dans la spontanéité des masses. Derrière tout mouvement social apparemment spontané, on trouve des entreprises de mobilisation, des personnes capables de mettre du capital militant au service de la cause, des ressources matérielles et symboliques ainsi que des compétences souvent acquises dans des luttes précédentes… Pas de révolution tunisienne sans Gafsa, pas de mouvement 15-M sans Stop expulsions et la Juventud Sin Futuro, pas de Nuit Debout sans mobilisation contre la Loi travail. Mettra-t-on au jour de telles généalogies pour les gilets jaunes ? Peut-être, mais elles n’auraient qu’un faible pouvoir explicatif : la mobilisation a pris trop vite, et est trop rapidement passée au niveau national, pour pouvoir être interprétée comme le résultat d’un patient travail de mobilisation par des organisations de mouvement social, même informel.

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S’il y a bien un travail de représentation du mouvement, qui le fait exister comme mouvement (« les Gilets Jaunes »), ce travail est remarquablement décentralisé, passant par les multiples groupes locaux s’organisant par les réseaux sociaux, par l’agrégation médiatique de paroles diverses et par le travail d’interprétation que mènent journalistes, politiques, sociologues[6]. La volonté de donner au mouvement des porte-parole habilités à négocier avec les autorités a échoué (pour le moment). Beaucoup de commentateurs ont glosé sur la supposée incohérence des motifs et des acteurs ; au contraire, étant donné la fragmentation de sa représentation, l’unité du mouvement est surprenante. Unité d’action, solidarité, consensus apparent sur une série de revendications, unité même de rythme. Le choix du gilet jaune, ce vêtement rendu obligatoire pour tou.te.s les automobilistes, et qui justement a pour but premier de se rendre visible, est particulièrement heureux et a sûrement été une condition matérielle de l’extension si rapide d’un symbole unique. Mais le choix de passer à l’action, et de le faire avec cette vigueur et cette cohérence, ne saurait être le simple résultat d’un emblème accrocheur, du bon usage des réseaux sociaux, ni d’un mécontentement, fût-il grand et largement partagé. Les mots de mécontentement, de colère, de grogne, sont des paravents qui empêchent de saisir les raisons de la mobilisation – au double sens des causes et des justifications que l’on se donne. Tout l’enjeu est alors de trouver une explication au mouvement qui embrasse à la fois sa forme (sa décentralisation, sa radicalité) et son fond (les revendications).

Les revendications, justement, méritent qu’on s’y attarde. On en sait peu sur la manière dont elle a été composée, mais une liste de 42 revendications a été diffusée et largement reprise, tant dans les groupes que par les médias[7]. Ces revendications possèdent quelques traits remarquables qui ont déjà été relevés : elles sont majoritairement centrées sur les conditions de vie, bien au-delà de la seule question du prix de l’essence ; elles contiennent des prises de position contre la libre circulation des migrants ; elles proposent des changements institutionnels qui renforcent le contrôle citoyen sur les élu.e.s, dont la rémunération se trouverait d’ailleurs ramenée au salaire médian. Cette liste a été qualifiée de « magma de revendications hétéroclite »[8]. Il me semble au contraire qu’elle est profondément cohérente, et que ce qui lui donne sa cohérence est aussi ce qui a permis à la mobilisation des gilets jaunes de prendre et de durer : elle s’ancre dans ce que l’on peut appeler l’économie morale des classes populaires.

L’économie morale des Gilets Jaunes

Le concept d’économie morale est bien connu des chercheur.e.s en sciences sociales[9]. Il a été développé par l’historien E. P. Thompson pour désigner un phénomène fondamental dans les mobilisations populaires au XVIIIe siècle : celles-ci faisaient appel à des conceptions largement partagées sur ce que devait être un bon fonctionnement, au sens moral, de l’économie[10]. Tout se passait comme s’il allait de soi que certaines règles devaient être respectées : le prix des marchandises ne devait pas être excessif par rapport à leur coût de production, des normes de réciprocité plutôt que le jeu du marché devaient régler les échanges, etc. Et lorsque ces normes non écrites se trouvaient bafouées ou menacées par l’extension des règles du marché, le peuple se sentait tout à fait dans son droit en se révoltant, souvent à l’initiative de femmes, d’ailleurs. Leur mobile était bien économique, mais pas au sens habituel : ils n’étaient pas mus par des intérêts matériels au sens strict, mais par des revendications morales sur le fonctionnement de l’économie. On trouve des révoltes similaires en France à la même époque, et même plus tard : les mineurs de la Compagnie d’Anzin, par exemple, la plus grande entreprise française durant une bonne partie du XIXe siècle, se mettaient régulièrement en grève pour rappeler aux patrons les normes qui devaient selon eux organiser le travail et sa rémunération, souvent en référence à un ancien ordre des choses, bref à la coutume[11].

La résonance avec le mouvement des gilets jaunes est frappante. Leur liste de revendications sociales est la formulation de principes économiques essentiellement moraux : il est impératif que les plus fragiles (SDF, handicapés…) soient protégés, que les travailleurs soient correctement rémunérés, que la solidarité fonctionne, que les services publics soient assurés, que les fraudeurs fiscaux soient punis, et que chacun contribue selon ses moyens, ce que résume parfaitement cette formule « Que les GROS payent GROS et que les petits payent petit ». Cet appel à ce qui peut sembler être du bon sens populaire ne va pas de soi : il s’agit de dire que contre la glorification utilitariste de la politique de l’offre et de la théorie du ruissellement chers aux élites dirigeantes (donner plus à ceux qui ont plus, « aux premiers de cordée », pour attirer les capitaux), l’économie réelle doit être fondée sur des principes moraux. Là est sûrement ce qui donne sa force au mouvement, et son soutien massif dans la population : il articule, sous forme de revendications sociales, des principes d’économie morale que le pouvoir actuel n’a eu de cesse d’attaquer de manière explicite, voire en s’en enorgueillissant. Dès lors, la cohérence du mouvement se comprend mieux, tout comme le fait qu’il ait pu se passer d’organisations centralisées : comme a pu le montrer James Scott, le recours à l’économie morale fait naître une capacité d’agir collective, une agency, y compris chez des acteurs sociaux dépossédés des capitaux habituellement nécessaires à la mobilisation[12].

En effet, l’économie morale n’est pas seulement un ensemble de normes partagées passivement par les classes populaires. Elle est aussi le résultat d’un pacte implicite avec les dominants et s’insère donc toujours dans des rapports de pouvoir. Déjà, dans les classes populaires du XVIIIe siècle étudiées par E. P. Thompson, cette économie morale avait des traits profondément paternalistes : on attendait des détenteurs du pouvoir qu’ils la garantissent, en échange de quoi l’ordre social dont ils profitaient était globalement accepté. Mais que les dominants rompent ce pacte, et alors les masses pouvaient, par l’émeute, les rappeler à l’ordre. C’est ce que l’on voit dans l’émeute des quatre sous, à Anzin, en 1833 : les mineurs protestent contre la baisse des salaires, mais ils se mettent pour cela sous la protection des anciens patrons, évincés par les capitalistes désormais maîtres de l’entreprise, en chantant « À bas les Parisiens, vivent les Mathieu d’Anzin ! ». Il est peu dire que les autorités actuelles ont rompu ce pacte implicite, tant par leurs mesures anti-sociales que par leur mépris répété et affiché pour les classes populaires. L’émeute ne vient pas de nulle part, d’un simple mécontentement, ou d’une agency populaire indéterminée qui se serait mise spontanément en mouvement : elle est le résultat d’une agression du pouvoir, d’autant plus violente symboliquement qu’elle ne semble pas se reconnaître comme agression. Et le président de la République, censé représenter le peuple français, est devenu l’incarnation de cette trahison, avec ses petites phrases sur les « gens qui ne sont rien », les conseils pour se payer une chemise ou pour trouver un emploi en traversant la rue. Au lieu d’être le protecteur de l’économie morale, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de la malmener, avec un naturel désarmant, jusqu’à devenir le représentant par excellence des forces qui s’opposent à cette économie morale, c’est-à-dire du capitalisme. Comme il l’a dit pendant la campagne, à propos de l’ISF, « ce n’est pas injuste parce que c’est plus efficace » : on ne saurait mieux illustrer la méconnaissance, voire le mépris, pour toute autre norme que celles de la finance. C’est lui qui a rompu le pacte, c’est à lui que s’adresse le charivari national qui se joue en ce moment, et dont on peut penser qu’il ne prendra fin que par une répression sanglante, ou par sa démission.

L’économie morale et l’émancipation

Si l’on ne peut que souhaiter que ce soit le deuxième terme de l’alternative qui ait lieu, il ne faut pas non plus surestimer les conséquences qu’aurait un tel événement. Les révoltes fondées sur l’économie morale ne se transforment pas nécessairement en mouvement révolutionnaire, car il suffit que le pacte soit restauré pour que l’émeute s’éteigne. En cela, l’économie morale, si elle révèle la capacité collective du peuple et l’existence d’une marge d’autonomie réelle vis-à-vis des gouvernants, est en tant que telle conservatrice. Par son activation, elle bouleverse temporairement le fonctionnement habituel des institutions, mais ce qu’elle vise, c’est avant tout un retour à l’ordre, pas une transformation révolutionnaire. Il y a là quelque chose de parfois difficile à entendre et à formuler : ce n’est pas parce qu’un mouvement est authentiquement populaire, ancré dans les croyances les plus communément partagées par la grande majorité, qu’il est émancipateur. Pour reprendre les catégories de Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, croire que le peuple ne peut agir par lui-même, qu’il est toujours soumis à la domination symbolique, c’est faire preuve de légitimisme et de misérabilisme[13]. Le mouvement des gilets jaunes, par sa force, sa spontanéité, sa cohérence, son inventivité, offre un démenti flagrant et bienvenu aux approches de cet ordre. Cependant, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse, que ces auteurs qualifient de populisme, en s’imaginant que parce qu’un mouvement est populaire, cela signifie qu’il est dans le vrai, dans l’authenticité, dans le bien. Il n’est pas tant le signe d’une révolution que d’un sursaut, face à un véritable délabrement des institutions du gouvernement représentatif.

Car ce que révèle aussi le recours à l’économie morale par les gilets jaunes, c’est l’étendue du désert politique qui s’est installé depuis des décennies. Qu’il ait fallu attendre que le pacte implicite fondamental qui lie gouvernants et gouvernés soit rompu pour qu’il y ait un tel mouvement, alors que depuis des décennies le pouvoir nous matraque de politiques sécuritaires et antisociales, montre bien que les capacités de mobilisation des forces syndicales et politiques se sont réduites à peau de chagrin, ou que les formes que leurs mobilisations empruntent les ont mises dans un état de totale impuissance. Pour le dire clairement, il n’y a rien de réjouissant à ce qu’il ait fallu en arriver là, jusqu’à ce point de rupture, pour que quelque chose ait lieu, et quelque chose qui emprunte à des formes pré-modernes de l’action collective, sous des formes certes renouvelées. Là est la limite, mais aussi une importante leçon, de la pertinence de la comparaison entre les gilets jaunes et les émeutes relevant de l’économie morale : cette comparaison ne devrait pas être faisable, étant donné l’immense distance censée séparer les conditions politiques entre ces situations, et pourtant elle s’impose à nous avec force. L’économie morale appartient à des époques et des espaces où n’ont pas joué les formes de politisation nationales et idéologisées de la modernité démocratique, reposant sur l’affrontement entre projets politiques et même entre visions du monde opposées. En cela, le mouvement des gilets jaunes est peut-être d’un autre temps – mais il en dit beaucoup sur notre époque.

Cela a un coût dont il faut prendre la mesure : les mouvements fondés sur l’économie morale s’inscrivent dans le rappel d’une coutume, la soumission à un ordre juste, mais aussi dans le cadre d’une communauté. L’économie morale est conservatrice non seulement parce qu’elle rappelle des normes intemporelles, mais aussi parce qu’elle lie entre elles des personnes définies par une commune appartenance. Dès lors, ses potentialités d’exclusion ne sont pas que des scories dont on pourrait aisément se débarrasser : elles sont au cœur du mouvement. Pour ne prendre que l’exemple le plus flagrant, les revendications contre la libre circulation des migrants, pour les expulsions d’étrangers, et plus encore pour l’intégration forcée des non-nationaux (« Vivre en France implique de devenir Français (cours de langue française, cours d’histoire de la France et cours d’éducation civique avec une certification à la fin du parcours) »), tout ceci est indissociable du mouvement, car c’est la conséquence logique de la mise en œuvre d’une économie morale d’abord communautaire, même si elle peut ensuite être travaillée par le mouvement dans différentes directions. L’économie morale est la proclamation des normes d’une communauté, elle n’étend pas la logique de l’égalité des droits aux étrangers, pas plus qu’elle ne reconnaît les conflits internes, en particulier idéologiques. Ce dernier point éclaire d’un autre jour le refus proclamé des partis : il s’agit certes d’une mise en question du pouvoir des représentants au profit d’une réappropriation populaire de la politique. Mais c’est aussi le refus du caractère partisan de la démocratie, de l’opposition entre projets politiques, au profit d’une unité dont on sait bien qu’elle peut aisément se transformer en « rassemblement haineux autour de la passion de l’Un qui exclut »[14].

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Le détour par ce parallèle historique avec des époques dépassées pourra sembler peu convaincant pour saisir la situation dans son exceptionnalité. Peut-être ne s’agit-il que d’un simple jeu de l’esprit. Mais peut-être est-il au contraire révélateur de certaines caractéristiques fondamentales du mouvement en cours : son unité improbable, son ancrage populaire, son caractère émeutier, mais aussi ses bien réels aspects conservateurs, anti-pluralistes et excluants. Peut-être indique-t-il aussi que l’on n’est qu’au début d’une nouvelle histoire, que les conditions d’une repolitisation sont là, hors du cadre des vieux partis et des vieilles formes de la politique instituées. A Anzin, les mineurs n’en sont pas restés aux grèves s’appuyant sur une économie morale. Au contact des premières forces socialistes et syndicales de la région, ils s’en sont appropriés les idées et les formes, jusqu’à devenir l’un des foyers d’où est sorti l’anarcho-syndicalisme. Certains comités locaux de gilets jaunes, loin de s’en tenir à une protestation au nom de l’économie morale, en appellent à la formation de comités populaires et à la démocratie directe, c’est-à-dire à une émancipation politique radicale[15]. Rien n’est garanti, mais tout est ouvert.

[1] Laurent Clavier, Louis Hincker et Jacques Rougerie, « Juin 1848. L’insurrection », in 1848 : actes du colloque international du cent cinquantenaire, tenu à l’Assemblée nationale à Paris, les 23-25 février 1998, Jean-Luc Mayaud (dir), Paris, Creaphis, 2002, p. 123‑140 ; Maurizio Gribaudi, Paris ville ouvrière: une histoire occultée (1789-1848), Paris, La Découverte, 2014 ; Michèle Riot-Sarcey, Le procès de la liberté: une histoire souterraine du XIXe siècle en France, Paris, La Découverte, 2016. Merci à Célia Keren pour sa relecture.

[2] Gérard Noiriel montre bien les enjeux d’une telle qualification https://noiriel.wordpress.com/2018/11/21/les-gilets-jaunes-et-les-lecons-de-lhistoire

[3] Samuel Hayat, « La République, la rue et l’urne », Pouvoirs, vol. 116, 2006, p. 31‑44

[4] Ecoutons Agnès Buzyn assurer le 1er décembre que « Tous les jours nous agissons pour faire disparaître la colère et la peur » ou Benjamin Griveaux le lendemain que « nous ne changerons pas de cap car le cap est le bon ».

[5] https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/02/gilets-jaunes-nouveau-coup-dur-pour-le-commerce-et-le-tourisme_5391675_3234.html

[6] Là aussi voir https://noiriel.wordpress.com/2018/11/21/les-gilets-jaunes-et-les-lecons-de-lhistoire/

[7] Par exemple https://www.francebleu.fr/infos/societe/document-la-liste-des-revendications-des-gilets-jaunes-1543486527

[8] https://www.liberation.fr/france/2018/12/04/les-gilets-jaunes-un-magma-de-revendications-heteroclite_1695802

[9] Le thème a déjà été mentionné par plusieurs commentateurs du mouvement, notamment l’étudiant Léo Labarre (https://lvsl.fr/le-17-novembre-au-dela-des-gilets-jaunes) et l’historien Xavier Vigna (http://www.leparisien.fr/economie/gilets-jaunes-ils-inventent-leurs-propres-codes-estime-un-historien-26-11-2018-7954086.php) .

[10] Edward Palmer Thompson, « The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century », Past & Present, n°50, 1971, p. 76‑136

[11] Samuel Hayat, « Une politique en mode mineur. Ordre patronal et ordre communautaire dans les mines du Nord au XIXe siècle », Politix, n°120, 2017

[12] James C. Scott, The Moral Economy of the Peasant Rebellion & Subsistence in Southeast Asia, New Haven, Yale University Press, 1977

[13] Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, Le savant et le populaire misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Gallimard Le Seuil, 1989

[14] Jacques Rancière, Aux bords du politique, Paris, Folio, 2004

[15] https://manif-est.info/L-appel-des-gilets-jaunes-de-Commercy-853.html

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Programme du colloque « anarchisme et sciences sociales »

Colloque Anarchisme et sciences sociales

Vendredi 23 et samedi 24 mars 2018

Université de Lille, faculté de sciences juridiques, politiques et sociales

1 place Déliot, 59000 Lille

 

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Livre explosif, attentat anarchiste 26/07/1891

 Vendredi matin (salle Guy Debeyre)

 9h : Accueil des participant-e-s

9h15 : Samuel Hayat (science politique, Ceraps, Lille) et Sidonie Verhaeghe (science politique, Ceraps, Lille), Introduction

9h30 Session 1 / Théorie politique et anarchisme

Animation : Sidonie Verhaeghe

Marion Tillous (géographie, Legs, Paris 8), « Perspectives anarcha-féministes en géographie : l’Etat, la famille, et la chercheuse »

Francis Dupuis-Déri (science politique, Iref, Université du Québec à Montréal), « Le Principe désespérance. Propositions pour une philosophie anarchiste de l’Histoire »

10h45-11h15 : pause

Animation : Samuel Hayat

Manuel Cervera-Marzal (science politique, Casa de Velazquez, Madrid), « La philosophie politique française refoule-t-elle son héritage anarchiste ? »

Ali Kébir (philosophie,Caphi, Rennes 1), « Ce que l’anarchie fait à la philosophie politique »

Vincent Millou (théorie politique, Cevipof, IEP de Paris), « La question de la non-violence. Des théories de la désobéissance civile aux luttes contemporaines »

13h00-14h30 Déjeuner

 

Vendredi après-midi

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Pierre Kropotkine

14h30-16h30 : Ateliers thématiques

Session 2a / Epistémologies de l’anarchisme (salle Guy Debeyre)

Discutant : Audric Vitiello (science politique, Lerap, Tours)

Erwan Sommerer (science politique, GES/CRHI, Nice), « Dispersion de la vérité, constructivisme et scepticisme moral : la sociologie de la connaissance mène-t-elle à l’anarchisme ? »

Pierre-André Jarrillot (anthropologie, Paris 8) « L’Éversion, un paradigme pour une science anarchiste »

Guillaume de Gracia (anthropologie, Toulouse), « La gonzo anthropologie ou comment tenter de produire une science sociale anarchiste tout en s’extrayant de l’Etat comme objet d’étude pour mieux participer à sa destruction »

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La Commune, Rennes

Session 2b / Anarchisme et approches empiriques du social (R.3.48)

Discutante : Anne Clerval (géographie, ACP, Paris-Est Marne-la-Vallée)

Annalisa Lendaro (sociologie, Certop, Toulouse 2), « Désobéissance et rapports à la légalité dans la vallée de la Roya : réflexions sur/pour une sociologie politique anarchiste »

Costantino Paonessa, (histoire, LarHis, Université catholique de Louvain la Neuve), « Classe, race et anarchistes italiens dans l’Egypte du début XX siècle : une analyse intersectionnelle de leur activisme »

Manon Him-Aquilli (sociolinguistique, Cerlis, Paris Descartes), « Que pourrait bien être une sociolinguistique anarchiste ? »

16h30 Pause

17h00 Transmettre l’anarchisme (salle Guy Debeyre)

Table ronde avec :

Mimmo Pucciarelli (Cedrats, fondateur de l’Atelier de création libertaire, Lyon), « ‘Je t’aime, moi non plus.’ Ou le trajet d’un acteur chercheur »

Des présentations des Editions Libertalia, des Centres internationaux de recherches anarchistes (CIRA), des Âmes d’Atala et du Centre culturel libertaire (CCL) de Lille

+ Tables de presse

 

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Samedi matin (salle Guy Debeyre)

10h Session 3 / L’anarchisme sous l’influence des sciences sociales

Animation : Samuel Hayat

Vivien Garcia (philosophie, Laboratoire Philosophie, Pratiques & Langages, Grenoble), « Le postanarchisme aujourd’hui »

Irène Pereira (philosophie, Iresmo, ESPE Créteil), « Sciences sociales et anarchisme : à l’épreuve des pratiques anti-oppression »

11h15-11h30 Pause

Animation : Sidonie Verhaeghe

Caroline Fayolle (histoire, Lirdef, Montpellier), « Une lecture anarchiste de la Révolution française. L’apport historiographique de Daniel Guérin »

Philippe Corcuff (science politique, Cerlis, IEP de Lyon), « Mettre en tension Gabriel Tarde et Pierre Bourdieu : ressources sociologiques pour une actualisation de la pensée libertaire »

12h45 – 14h00 Déjeuner

 

28832345_10213152924111785_570413292_nSamedi après-midi 

14h00-16h00 : ateliers thématiques

Session 4a / L’anarchisme, une pensée du social (salle Guy Debeyre)

Animation : Edouard Leport (sociologie, Cresppa-CSU, Paris 8)

Paula Cossart (sociologie, Ceries, Lille), « Se référer à l’histoire pour faire du municipalisme libertaire une ‘utopie réelle’ »

Clémence Nasr (théorie politique, Centre de théorie politique, Université libre de Bruxelles), « Du lieu à la pensée du corps social. Réinvestissement sociologique de la commune anarchiste »

Jean Bérard (histoire, ISP, ENS Saclay), « Peut-on briser le bâton de la justice ? L’anarchisme à l’épreuve de la justice pénale »

Session 4b / Des sciences sociales anarchistes (R.3.48)

Animation : Isabelle Bruno (science politique, Ceraps, Lille)

Jean-Charles Buttier (science de l’éducation, Édhice, Genève), « Pour une histoire politique de l’éducation : l’apport de la pédagogie libertaire à la mise en place de l’école républicaine (1878-1914) »

Charles MacDonald (ethnologie, ADES, Aix-Marseille), « Ethnologie et Anarchisme. Les systèmes anarchogrégaires »

Philippe Pelletier (géographie, EVS, Lyon 2), « Géographie anarchiste, non — Géographes anarchistes, oui — Du danger du scientisme en politique »

16h00 Conclusion (salle Guy Debeyre)La_misere_Louise_Michel

 

Organisation : Samuel Hayat, chargé de recherche CNRS et Sidonie Verhaeghe, Docteure en science politique
Gestion : Nathalie Desmarchelier et Younes Haddadi
Communication : Soëzic De Feraudy et Isabella Cucca

Plus d’infos :

Argumentaire 

Programme colloque Anarchisme et sciences sociales

Affiche Colloque Anarchisme – version finale

 

Bien finir sa thèse (2) : la soutenance

On est déjà mi-novembre, et il est grand temps de parler un peu de la soutenance de thèse, pour faire suite à ce billet sur la fin de thèse.

Une fois la thèse rendue, vous pouvez un peu souffler. Le plus dur est fait, et vous avez entre 1 et 3 mois jusqu’à la soutenance. Quand est-ce qu’il faut commencer à vraiment la préparer ? Une bonne règle peut être de s’y mettre au moment où l’on reçoit les pré-rapports. Ceux-ci seront des évaluations de quelques pages réalisées par les rapporteurs/trices que votre directeur/trice et vous avez choisi-e-s au moment de la composition du jury. D’un point de vue réglementaire, les pré-rapports doivent arriver 2 semaines avant la date de soutenance au plus tard, ils arrivent généralement un peu avant. Attention, les pré-rapports ne vous sont pas communiqués directement, ils sont censés arriver à l’établissement, qui vous les communique, mais il n’y a aucun délai légal minimal de ce côté-là. Dans les faits, il n’y a souvent pas de problème et vous les recevrez par les rapporteurs/trices ou votre directeur/trice. Mais restez vigilant-e, et quoiqu’il arrive si 15 jours avant la soutenance vous n’avez pas vos pré-rapports, contactez directement le service des thèses.

La découverte des pré-rapports est souvent un moment de stress, et à raison : leur contenu va largement donner le ton de la soutenance. En effet, lors de la soutenance, les rapporteurs/trices seront les premier-e-s à parler (après le directeur/trice, qui sauf exception ne devrait pas porter un jugement trop dur sur votre thèse), et ils/elles diront essentiellement ce qui était déjà inscrit dans leur pré-rapport. Du coup, des rapports positifs annoncent une soutenance qui va bien se passer, plus mitigés ils laissent entrevoir la possibilité d’un moment un peu plus sport. Mais n’ayez pas trop d’inquiétude : les pré-rapporteurs/trices peuvent aussi recommander que la soutenance ne se tienne pas, donc si vous êtes autorisé-e à soutenir, c’est de toute façon que ça finira bien par la délivrance d’un diplôme de doctorat !

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(CC BY-NC 2.5 https://xkcd.com/1403/)

 

Le discours de soutenance

Les pré-rapports ont aussi une fonction cruciale : vous aider à préparer votre discours de soutenance. Evidemment, vous n’allez pas dans ce discours répondre point par point aux objections des rapporteurs/trices, ce n’est pas le but, mais si certaines grosses critiques sont présentes, il faut bien les noter, les peser, et s’en souvenir au moment du discours. Celui-ci joue en effet un triple rôle. D’abord, c’est un exercice un peu formel dans lequel vous allez montrer votre maîtrise des codes de cet échange universitaire particulier. Ensuite, c’est l’occasion de présenter de manière resserrée aux membres du jurys, mais aussi au public, les points principaux que vous souhaitez faire ressortir de votre travail. Enfin, et c’est là que les pré-rapports jouent un grand rôle, vous pouvez dans le discours préparer les armes qui vous serviront ensuite à vous défendre contre certaines critiques plus directement. Vos réponses auront d’autant plus de poids qu’elles ne sembleront pas sortir de nulle part, mais s’appuyer sur la présentation que vous aurez vous-même faite de votre travail.

Concrètement, que mettre dans votre discours de soutenance ? C’est très variable selon les disciplines et vous avez généralement une vraie marge de manœuvre. Selon les disciplines, sous-disciplines, parfois établissements, vous serez aussi encouragé-e (ou pas) à venir avec des diapositives à projeter. Quant à la durée de votre discours, elle est là aussi variable, souvent entre 10 et 25 minutes, mais c’est à vérifier avec votre directeur/trice. Quelques principes me semblent pouvoir néanmoins être mis en avant dans la plupart des cas :

– Avant d’écrire, reprenez votre thèse ! Ca ne veut pas dire la relire entièrement, mais normalement, après avoir vécu avec pendant des années, vous avez sûrement pris de la distance depuis le dépôt. Le moment est venu de vous replonger dedans, de relire vos introduction et conclusion, notamment, et de prendre quelques notes. Si tout va bien, vous allez redécouvrir un peu votre thèse comme lecteur/trice, ça va vous plaire et vous remettre dans le bain.

– Quand vous composerez votre discours, n’oubliez pas que vous vous adressez avant tout au jury, qui normalement a lu votre thèse et donc n’a absolument pas besoin (ni envie) d’en entendre un résumé. Ceci étant, il ne serait pas très élégant (ni très sympa pour le public) de faire allusion à de les éléments de votre thèse sans en préciser le contenu. Il faut donc éviter à la fois le résumé, et d’être trop allusif/ve. C’est un équilibre à trouver.

– Une façon de trouver cette équilibre est de légèrement décaler votre propos : vous n’allez pas répéter ce que vous avez écrit dans votre thèse, mais prendre de la distance, expliquer dans quel parcours de recherche elle s’inscrit, pour répondre à quelles questions, comment vous avez construit vos sources et votre méthode, quelles pistes sont ouvertes, etc. Le but ici est de prendre du recul par rapport à votre thèse, un objet désormais fini, un travail achevé, dont vous ouvrez la discussion.

– En conséquence, le niveau de discours ne doit être ni trop jargonnant, ni trop personnel et relâché. Vous devez vous situer sur le plan d’une discussion scientifique, mais sans essayer de redire à l’oral en 15 minutes ce que vous avez mis des années à écrire en X centaines de pages. Choisissez donc quelques questions centrales, quelques éléments clés de la construction de votre objet, mettez tout ça en récit, plutôt que dans un discours statique et figé, cela rendra l’écoute plus agréable à la fois pour le jury (qui apprendra des choses nouvelles sur votre démarche, pas présentes dans votre thèse) et pour le public (qui pourra vous suivre et découvrir votre recherche).

– Il est très important de résister à la tentation de porter un regard critique ou négatif sur sa thèse. C’est une tentation, car vous avez forcément des points dont vous n’êtes pas entièrement satisfait-e, et vous voulez montrer au jury que vous en êtes conscient-e, que vous n’êtes pas dupe de votre propre travail. Ne faîtes pas ça. Vous avez fait des choix, tout au long de votre thèse, et le but de votre soutenance est d’expliquer ces choix, de les défendre sereinement, sans pour autant être têtu-e, mais sans donner l’impression de faire votre autocritique. Evitez les formulations négatives, voyez et présentez les limites de votre travail comme des pistes restées ouvertes, pas comme des insuffisances.

 

Ce n’est pas parole d’évangile, et n’hésitez pas à suivre une autre voie si elle vous semble préférable ou plus adéquate à votre discipline ou établissement. Vous pourrez trouver plus de conseils dans ces deux posts de blogs plutôt bien faits : celui de François-Xavier Roux-Demare et celui d’EFiGiES. Il y a aussi des conseils utiles dans ce cours de Christian Puren. En anglais, de bons conseils généraux ICI. Vous pouvez aussi regarder mon propre discours de soutenance. Le relire aujourd’hui me pique les yeux et il est plein de petites maladresses mais la structure générale ne me semble pas rédhibitoire.

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(c) Jorge Cham http://phdcomics.com/comics/archive.php?comicid=570

 

Préparer la soutenance

Une fois le discours de soutenance écrit, vous avez fait le principal, c’est bien, mais ce n’est pas fini. Il va falloir le polir et vous le mettre en bouche, et pour ça rien de mieux que d’organiser un ou plusieurs soutenances blanches. N’hésitez pas à solliciter des collègues et ami-e-s, cela ne prend pas beaucoup de temps et ça peut être un moment sympa. Ne vous y épuisez pas non plus, hein. Hormis l’amélioration du discours lui-même, les soutenances blanches vont aussi vous permettre de préparer les questions-réponses : n’hésitez pas à lister les questions qu’on vous pose, à rajouter ensuite à tête reposée les questions auxquelles vous pensez pouvoir vous attendre, et rédigez des réponses courtes. Evidemment, le jour de la soutenance, vous n’allez pas les lire, mais ça vous mettra dans l’ambiance, et surtout ça vous préparera à donner des réponses concises. C’est un point fondamental : lors de la soutenance, vous allez avoir beaucoup de questions, et souvent très peu de temps pour y répondre. Il faut s’habituer à aller droit au but, sans passer de longues minutes à vous justifier et à digresser. Et comme tout le reste, c’est quelque chose qui s’apprend et se travaille.

Reste enfin à vous occuper de détails pratiques : prévenez bien en avance votre famille, vos ami-e-s et vos collègues, allez voir la salle dans les jours qui précèdent la soutenance, si vous pouvez, pour vous familiariser un peu avec les lieux, procurez-vous des bouteilles d’eau pour vous et les membres du jury, réservez une salle pour le fameux pot de thèse et préparez-le – ou mieux, déléguez-en la préparation à la famille ou aux ami-e-s ! Le jour même, prenez le temps de vous préparer (le dress code varie selon les disciplines et les établissements, mais quoiqu’il en soit, soyez à l’aise et si possible un peu rayonnant-e), arrivez bien en avance, mettez des petites affiches pour le public si besoin, faîtes des exercices de relaxation ou de méditation si c’est votre truc, puis accueillez progressivement le public et les membres du jury – ça devrait aider un peu contre le stress d’occuper la position d’homme ou de femme du jour avant même le début de la soutenance.

 

La soutenance elle-même… ça dépend des gens. Pour certain-e-s, c’est un tunnel, dont la traversée n’est pas très agréable, même quand ça se passe bien. Pour d’autres (allez, je pense que c’est la majorité), c’est un super moment, voire le meilleur de leur vie professionnelle, même parfois quand ça ne s’est pas ultra bien passé. Soyez sûr-e en tout cas que vous en sortirez transformé-e, et pas seulement parce que l’on vous aura décerné le grade de docteur-e. C’est un moment exceptionnel, n’hésitez pas à l’enregistrer (avec l’autorisation des membres du jury), à faire prendre des photos, etc. Et une fois cette affaire faite, profitez du pot de thèse (et organisez un petit truc ailleurs le soir, avec les copains et copines, c’est le genre de journées qu’il serait dommage de finir trop tôt et trop sobre).

Voilà, après l’épreuve, vous êtes docteur-e. Il reste à récupérer votre attestation de doctorat, qui vous servira dans les démarches administratives à suivre, en attendant le diplôme lui-même. C’est le travail du/de la président-e de jury de s’occuper de la signature du PV de soutenance puis la rédaction du rapport de soutenance. Cependant, vu que c’est un document crucial car il vous (pour)suit dans tous les concours de l’enseignement supérieur et de la recherche (en France en tout cas), n’hésitez pas à pousser votre directeur/trice à rester vigilant-e. Surtout si vous avez soutenu en décembre et qu’il faut que tout le monde soit très très réactif pour que vous puissiez présenter votre dossier au CNU. Vous avez la possibilité, à la discrétion du/de la président-e de jury, d’ajouter en début de rapport un résumé de votre discours introductif, n’hésitez pas à le faire le cas échéant (en l’écrivant à la 3ème personne, car ça sera une partie du rapport).

Voilà, si vous lisez ce billet avant votre soutenance, il me reste à vous dire bravo, profitez bien, et bon courage pour la dernière ligne droite !

Programme colloque 18-19 novembre 2016 : Comparing the Concepts of representation

Le pdf du programme est ICI.

Concepta Research Seminar

Comparing the Concepts of Representation

Sciences Po & Paris 8, Friday 18 and Saturday 19 November 2016

Organized by the Civic Constellation II project, Concepta: International Research School in Conceptual History and Political Thought, the CLAIMS project (ANR-DFG) and HiSoPo (AFSP)

Convenors: Samuel Hayat (CNRS/CERAPS) and José María Rosales (University of Málaga)

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P R O G R A M M E

Friday, 18 November 2016

 

Sciences Po                        56 rue des Saint-Pères, room François Goguel (5th floor)

Welcome 9:15

Session 1         9:30 – 10:45                  Keynote Lecture

Chair: Samuel Hayat

Yves Sintomer, Paris 8

The Meanings of Political Representation: Uses and Misuses of a Notion

Session 2         11:00 – 13:00    Historicizing Representation

Chair: José María Rosales

Bert Dejer

Disputing the Old Government: Representation and the Free State in Holland, 17061716

Julia Nordblad, Uppsala

Speaking Political Representation: An Attempt to Operationalize the ‘Representative Claim’ in Historical Research

Taru Haapala, Jyväskylä-QMUL

Oxford Union Debate on War in 1933: Rhetoric, Representation, Political Action

Udit Bhatia and Vatsal Naresh, Oxford and Yale

Defection and Representation in India

Session 3         14:30 – 16:30    Conceptualizing Representation

Chair: Samuel Hayat

Alessandro Mulieri, Leuven

Representation as a Political Theological Concept

Piotr Kuligowski, Poznan

The Conceptions of Representation in Polish Political Thought (18321848)

Facundo Rocca, Paris 8

The Problems of Modern Representation in the Young Marx

Ludmilla Lorrain, Paris 1

Mill’s Concept of Political Representation

Session 4         16:45 – 18:15    Methodological Studies

Chair: Samuel Hayat

Petra Guasti and Brigitte Geissel, Frankfurt

Semantics of Claims: Comparing Two German Case Studies

Alaya Forte, SOAS

Political Representation at the Intersection: How Should We Search for a New Framework?

Christine Ludl, Berlin

Studying ‘Representations’ in the Global South: From an Object of Research to a Conceptual History and Epistemology of Representation(s)

Saturday, 19 November 2016

Centre Malher                      9 rue Malher, main amphitheatre (1st basement)

Session 5         9:30 – 10:45                 Keynote Lecture

Chair: Stéphanie Tawa Lama-Rewal, CNRS/CEIAS

Rochana Bajpal, SOAS

Representation and Difference: Revisiting the Indian Constituent Assembly Debates: 1946–49

Session 6         11:00 – 13:00    Case Studies on Undemocratic Representation

Chair: Brigitte Geissel, Frankfurt

Chulki Hong, Seoul

Undemocratic Reception of Undemocratic Idea and Institution? Political Representation in East Asian Contexts

Wang Zhongyuan, Leiden

Authoritarian Representation: Representational Innovations in China’s Local People’s Congresses

Lindsay J. Benstead, Portland State

Clientelistic Responsiveness: Conceptualizing Representation under Authoritarianism

Florence Di Bonaventura, Bruxelles Saint-Louis

The Dynamic and Polysemous Political Representation of the Lega Nord through Identity, Imagery and Mandate

Session 7         14:30 – 15:45    Keynote Lecture

Chair: José María Rosales

Kari Palonen, Jyväskylä

Max Weber and the European Union

Session 8         16:00 – 17:00    General Discussion


To attend the Research Seminar, please register by sending an email to samuel.hayat@univ-lille2.fr

La représentation… encore

Je sors d’un atelier de travail de deux jours à la KU de Leuven, organisé par Alessandro Mulieri, un jeune chercheur en philosophie / histoire médiévale / science politique, qui avait pour thème « The Polysemy of Political Representation: Historical and Theoretical Approaches ». La représentation politique, donc. Encore. C’est ce que je me suis dit en lisant l’invitation d’Alessandro : encore parler de représentation ? N’a-t-on pas au fond tout dit ?

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Ca m’a rappelé la réaction d’une collègue plus avancée, très sympathique et bienveillante au demeurant, à qui j’avais parlé il y a quelques années de mon projet CNRS, portant sur la représentation des ouvrier-e-s au XIXe siècle. Elle aussi avait demandé « la représentation, encore ? » Non pas, bien sûr, pour invalider mon projet, mais plutôt comme une surprise spontanée devant ce qui, à un moment donné, a du lui apparaître comme une obsession coupable pour ce concept. C’est vrai, j’y ai consacré mon mémoire de recherche à Sciences po (la représentation chez Bernard Manin), de DEA à Paris 8 (la représentation chez Proudhon), de thèse (la représentation chez 1848), et un certain nombre d’articles, projets, réflexions, et autres.

Et pourtant j’en veux encore. Parce que pour peu qu’on sorte la tête de France, il se passe des tas de choses dans l’étude (historique, conceptuelle et théorique, je ne me prononce pas sur les études sociologiques) de la représentation. Vieux concept un peu moisi de la théorie démocratique, comparé aux beaucoup plus chics délibération ou participation, il connaît un retour en grâce depuis la fin des années 1990. En 15 ou 20 ans, la production en théorie politique sur la représentation a été profonde, stimulante et cumulative. Au point que si l’on a commencé à bosser comme je l’ai fait sur le sujet au début des années 2000, on a littéralement pu voir les choses changer, les différentes étapes, prendre la mesure des progrès accomplis. Pour un concept aussi ancien, c’est rare et tout à fait fascinant.

Allez quelques références récentes en théorie politique anglo-américaine :

Ankersmit Franklin Rudolf, Political representation, Stanford (Calif.), Stanford university press, 2002.

Castliglione Dario et Warren Mark E., « Rethinking democratic representation: eight theoretical issues », texte de conférence, 2006

Disch Lisa, « Toward a mobilization conception of democratic representation », American Political Science Review, vol. 105, n°01, 2011, p. 100–114.

Rehfeld Andrew, « Towards a general theory of political representation », Journal of Politics, vol. 68, n° 1, 2006, p. 1-21

Saward Michael, The representative claim, Oxford, Oxford University Press, 2010.

Urbinati Nadia, Representative democracy: principles and genealogy, Chicago (Ill.), the University of Chicago press, 2006.

Urbinati Nadia et Warren Mark E., « The Concept of Representation in Contemporary Democratic Theory », Annual Review of Political Science, vol. 11, juin 2008, p. 387-412.

 

Chacune de ces références a été été sacrément importante dans le champ, au point de complètement transformer, à elles toutes, l’étude théorique de la représentation et de la démocratie. Et pourtant, il reste tant à faire.

En particulier, on commence à peine à découvrir, en théorie politique, les travaux allemands d’histoire conceptuelle sur la question, en premier lieu la somme de Hasso Hofmann, malheureusement jamais traduite en français ni en anglais (mais en italien oui, et puis on a fait traduire avec Yves Sintomer un petit morceau, ainsi qu’un résumé de la notice Repräsentation du Geschichtliche Grundbegriffe par Adalbert Podlech). On commence à peine à prendre conscience de l’importance et de la richesse de la pensée médiévale de la représentation. On commence à peine à sortir de l’équivalence représentation – élections – gouvernement représentatif qui a asséché la réflexion et a amené tant de penseurs/ses à se détourner du concept. On a même pas vraiment commencé à prendre en considération les expériences et pensées de la représentation politique en dehors d’Europe occidentale.

Donc oui, il y a encore du travail sur la représentation, beaucoup de travail. D’ailleurs, autopromo, j’organise les 18 et 19 novembre (save the date) avec le philosophe Jose Maria Rosales à Paris un colloque d’histoire conceptuelle comparée sur, devinez quoi, le concept de représentation. Hé oui, la représentation. Encore.

Bien finir sa thèse (1) : vers le dépôt

C’est la rentrée, et parmi son cortège de petits plaisirs, celui de voir des collègues en voie de finir leur thèse n’est pas le moindre. Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des pays, le calendrier du Conseil national des universités (CNU) fait qu’une bonne partie des soutenances en France se déroulent entre octobre et décembre. En effet, pour demander sa qualification à l’exercice des fonctions de maître de conférence (MCF), nécessaire pour ensuite postuler lors de la campagne synchronisée de MCF, il faut avoir soutenu sa thèse avant une date donnée (pour la session 2017, c’est le 14 décembre 2016). Du coup, par rapport aux candidatures MCF (ou CNRS d’ailleurs), ça n’apporte pas grand chose de soutenir plus tôt dans l’année civile. D’où embouteillages, et ça devrait à mon avis être réformé, mais c’est une autre histoire. Bref, c’est l’occasion rêvée pour dire quelques trucs sur la fin de thèse, principalement à partir de mon expérience et de celle de mes ami-e-s.

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Commençons par les quelques mois qui précèdent le dépôt de la thèse. On peut dire que la période de la fin de thèse commence quand trois éléments se mettent en place : on a une date de soutenance, un jury et, le plus important, un corps de thèse rédigé. Pas forcément tout, mais suffisamment pour être sûr-e de pouvoir déposer dans un temps resserré. En gros, dès qu’il ne vous reste à écrire que l’intro, la conclusion, la biblio et les annexes, vous pouvez contacter votre directeur/trice pour lui proposer de fixer une date : il vous reste au jugé entre trois semaines et trois mois de travail.

Une fois que la date et le jury sont fixés, le compte à rebours commence : vous entrez dans une période merveilleuse où le stress et l’excitation vont vous permettre de dégager une très grosse capacité de travail. Ca se paie, physiquement et psychiquement, mais sur le moment c’est souvent assez agréable de se découvrir capable de ça. Profitez-en. Et ne vous relâchez pas : il y a encore des tonnes de choses à faire, des choses plus chronophages qu’on ne se l’imagine. Petit tour d’horizon :

  • Evidemment, le plus important et ce qui prend le plus de temps, c’est d’écrire introduction, conclusion et transitions. Tout le monde le dit, à juste titre : ce sont des parties cruciales de votre travail, les premières (et souvent les seules) qui seront lues par les collègues (en dehors, espérons-le, des membres du jury). C’est surtout vrai pour l’introduction. Mais attention : ce n’est pas une raison pour s’y perdre. Si vous avez attendu la fin de thèse pour écrire l’introduction (ce que je vous conseille très très vivement), c’est aussi pour pouvoir l’écrire en connaissance de cause, avec toutes les cartes en main. C’est rare, mais certaines personnes se trouvent paralysées à ce moment-là de l’écriture. Si ça vous arrive, demandez-vous sérieusement pourquoi (sur un plan tant scientifique que psychologique), faîtes-vous aider si nécessaire, et avancez. Vous y êtes presque.

 

  • Une fois que vous avez tout, vient le moment de la relecture. Pour la relecture, si vous avez bien fait les choses (i.e. si vous avez envoyé en amont vos chapitres à votre directeur/trice et à des expert-e-s extérieur-e-s), vous n’avez plus à être relu sur le fond, mais seulement sur la forme (à part pour l’intro / la conclu éventuellement). Demandez à un-e proche, pourquoi pas même quelqu’un-e qui n’a rien à voir avec le monde académique, car à ce stade vous ne voulez pas forcément des commentaires qui vous amèneraient à revoir des choses en profondeur. Il fallait le faire avant. En plus de la relecture extérieure, il faut que vous vous relisiez aussi, ne serait-ce que pour fignoler vos transitions et pour mettre au point ou vérifier votre bibliographie.

 

  • Ah, la bibliographie… Nous sommes très très inégaux/les devant cette tâche. D’abord parce que certain-e-s font des thèses sans souffrir de névrose obsessionnelle et ne comprennent donc pas à quel point c’est jouissif de faire une belle biblio. Triste. Mais bon, surtout, certain-e-s ont utilisé un logiciel de base de données bibliographiques type zotero tout au long de l’écriture. Ce sont des malins, du coup ils et elles peuvent juste appuyer sur un bouton, et hop, une bibliographie apparaît d’un coup. Cependant attention, vous avez beau avoir fait le bon choix en amont, il faut quand même relire très attentivement : la base de données contient forcément des coquilles, le processus de collecte donnant rarement des résultats parfaits. Ca sera l’occasion de nettoyer votre base de données, c’est long mais ça en vaut la peine. Après, deuxième catégorie, les gens qui n’ont pas utilisé ce type de logiciels (grosse grosse erreur). Si vous avez fait la biblio au fur et à mesure, vous avez juste à faire un copier-coller, vous avez toujours tort de pas avoir utilisé zotero mais vous ne vous en rendez pas encore compte. Ca viendra. Reste la catégorie des gens qui n’ont pas zotero et pas fait de bibliographie sérieuse au fur et à mesure. Mon conseil : passez à zotero. Oui, même à 15 jours du dépôt de la thèse. Ca va être long et pénible, mais au moins ça sera fait, vous pouvez faire ça en relisant votre thèse en même temps, vous pourrez compléter vos références, et à la fin, quel bonheur, un clic et hop la biblio est là (ce conseil ne vaut que si vous comptez continuer la recherche ; sinon c’est moins pertinent). C’est ce que j’ai fait, à trois semaines du dépôt de la thèse, je ne l’ai pas regretté. Pour finir, une fois la bibliographie écrite ou générée, vous pouvez la classer en catégories si vous le souhaitez, il y a plusieurs écoles, pour ma part je trouve que c’est pas très utile pour une thèse mais à vous de voir. Par ailleurs, je conseille vivement de ne mettre que les ouvrages et articles cités ; le but n’est pas de mettre toutes les références lues, encore moins toutes les références existant sur votre sujet, mais bien toutes les références effectivement utilisées.

 

  • Les autres annexes nécessaires dépendent complètement de la discipline et de la sous-discipline, difficile de donner des conseils généraux sur ce point. Une exception : l’index. A priori, quelle que soit votre discipline (en tout cas en SHS), vous aurez cité des gens et utilisé des concepts, ouvrant la possibilité à au moins un index des noms et un des notions. D’un point de vue technique, c’est relativement simple, il suffit de faire un tableau comprenant les termes à repérer et la façon dont ils doivent apparaître dans l’index, puis votre traitement de texte va générer l’index automatiquement (pour Word, en mettant des balises partout, ce qui fait que même si la pagination change, l’index s’adaptera). Après, il y a toujours des petits problèmes à régler, par exemple s’il y a des homonymes ou si des personnes citées portent des noms utilisés aussi comme noms communs (coucou Louis Blanc). Comptez une dizaine d’heures pour l’index des noms, peut-être un peu plus pour celui des notions. Après, est-ce nécessaire ? Tout dépend. Ca fait bien, en tout cas, et ça peut être utile aux lecteurs/trices, surtout l’index des noms. Si vous avez un jour d’avance sur votre programme, c’est pas idiot de l’utiliser à ça.

 

  • Pour vous récompenser de votre travail, faîtes vous le plaisir de rédiger les remerciements. C’est toujours un moment agréable de se remémorer de toutes les personnes qui ont aidé à la réalisation de votre chef d’oeuvre, alors ne bâclez pas ça si vous pouvez.

 

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Voilà, normalement à ce stade vous avez un manuscrit complet, avec intro, conclu, annexes. N’oubliez pas le résumé et les mots-clés (en français et en anglais), ainsi que la page de garde, mais ça devrait aller rapidement. Maintenant, passez le tout en pdf : c’est important, car c’est là que vous verrez s’il y a des problèmes de mise en page. Normalement, vous aurez utilisé une feuille de style (souvent imposée par l’établissement), ce qui limite grandement les chances de problèmes, mais on se sait jamais. N’oubliez pas quelques règles simples de mise en page (les chapitres commencent sur la page de droite, par exemple, donc aux numéros impairs, par convention on ne numérote pas la page de garde, ce genre de choses) et tout ira bien, vous aurez un joli pdf bien propre à imprimer. Félicitations.

 

Mais tout ceci ne représente qu’une partie du travail – certes la plus importante. Il y a un autre aspect dans la préparation du dépôt de thèse, c’est tout le côté administratif. Les conditions sont ici très variables selon les établissements, mais une chose est sûre : il est très risqué d’attendre le dernier moment pour organiser sa soutenance de thèse, et donc le dépôt. Une fois que vous avez fixé une date avec votre directeur/trice et les membres du jury (normalement cette tâche ne vous incombe pas mais dans les faits vous serez sûrement mis-e à contribution), il est impératif d’aller au plus vite voir les services administratifs concernés (école doctorale + bureau de thèse) pour faire savoir votre date prévue de soutenance, réserver une salle (plus vous viendrez tôt dans l’année, plus vous aurez des chances d’avoir une bonne salle) et vous faire expliquer plus en détail la procédure de dépôt.

 

Tout ceci est désormais réglé par le très poétique arrêté du 25 mai 2016 « fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat ». Oui, c’est récent, et pas mal de choses ont changé, du coup je vous conseille vivement d’aller lire cet arrêté.

Un élément crucial est la question du délai. Si l’on suit l’arrêté, le/a doctorant-e doit déposer la thèse un mois avant la soutenance. Dans les faits, la plupart des établissements demandent un délai considérablement plus long (entre 8 et 12 semaines). Il y a là une vraie marge de négociation, sachant bien sûr que plus vous aurez prévu en amont, plus simple ça sera. Attention néanmoins à prévenir les membres du jury, surtout les pré-rapporteurs/trices, si vous souhaitez repousser un maximum la date de dépôt : ils et elles sont censé-e-s rendre leur pré-rapport deux semaines minimum avant la soutenance, donc si vous rendez pile un mois avant la soutenance, ça leur laisse peu de temps. Ca se gère, mais là aussi, prenez vous y très en amont. Une fois que vous avez déclaré une date de dépôt, essayez de la respecter : vous allez mobiliser pas mal de personnes pour vous lire, elles sont peut-être (sûrement) dans d’autres jurys de thèse et ont organisé leur agenda en fonction, et ce ne serait ni poli ni stratégique de ne pas respecter vos engagements (sauf souci imprévu évidemment).

Quand approche enfin le jour du dépôt, une question fondamentale se pose : l’impression. Jusqu’ici, les doctorant-e-s devaient faire imprimer leur thèse et la déposer en X exemplaires, pour les membres du jury et la bibliothèque (avec souvent la nécessité d’en imprimer quelques-uns de plus pour les futures qualifications). Cela donnait lieu à des combats épiques pour voir ce coût parfois important pris en charge par le laboratoire ou l’école doctorale. Depuis le nouvel arrêté (art. 24), les choses sont censées avoir changé. Désormais, et c’est un changement très bienvenu, le/a doctorant-e dépose seulement un fichier électronique, point. S’il y a des exemplaires à imprimer (à la demande des membres du jury), c’est à la charge de l’établissement, et non du ou de la doctorant-e. Ca, c’est sur le principe, reste à savoir comment ça va être appliqué. En cas de problème, n’hésitez pas à imprimer l’arrêté et à le montrer au bureau des thèses, mais soyez souples : s’il est hors de question que vous déboursiez un centime, il est possible que vous deviez vous charger vous-même de gérer l’impression avec la reprographie. Ne cédez pas sur l’argent, mais ne vous lavez pas entièrement les mains de cet aspect : ce n’est pas à vous d’organiser l’impression, certes, mais ce n’est pas non plus aux membres du jury de se battre pour obtenir un exemplaire papier s’ils et elles le souhaitent.

 

Voilà, c’est très résumé et il manque sûrement beaucoup de choses, donc n’hésitez pas à contribuer par vos commentaires ! A bientôt pour la deuxième partie de cette note, sur la préparation de la soutenance. Bon courage à tou-te-s.

 

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L’histoire conceptuelle à l’ECPR 2016, un rapide bilan

Le congrès de l’European Consortium for Political Research 2016 touche à sa fin. C’est l’occasion de faire un petit point, non pas sur toute la conférence, mais sur une section en particulier, celle organisée par le Standing Group (SG) « Political Concepts », et qui était intitulée cette année « Contested Concepts and their Trajectories » (organisatrices : Anthoula Malkopoulou  et Annelien De Dijn).

Le SG a été créé en 2014 par Claudia Wiesner et Kari Palonen et compte actuellement 178 membres. C’est la troisième fois que le SG organise une section. Au Congrès 2014 c’était « Key Concepts in Political Science: Fields, Issues and Arenas of their Change » (organisateurs/trices : Claudia Wiesner et Kari Palonen) ; en 2015 « Concepts in Political Science: From Local to Global » (organisatrices : Claudia Wiesner, Taru Haapala, Anthoula Malkopoulou). Bien que l’on puisse trouver ici ou là un papier qui relève de cette discipline dans d’autres sections, c’est à chaque fois dans les panels de cette section qu’ont été regroupées les interventions en histoire conceptuelle.

Première remarque : la popularité de l’histoire conceptuelle à l’ECPR va croissante. En 2014 il y avait 26 papiers sur 6 panels, en 2015 41 papiers sur 11 panels, en 2016, 62 sur 13 panels – pour une centaine de propositions faites aux organisatrices. Cela ne signifie pas pour autant nécessairement une montée en puissance de l’histoire conceptuelle dans la discipline, beaucoup d’autres facteurs pouvant jouer, notamment le très peu d’espaces en Europe (à part le réseau Concepta) où les historien-ne-s conceptuel-le-s peuvent échanger.

Deuxième remarque : la stabilité pour le moment de l’ancrage de l’histoire conceptuelle dans les réseaux d’Europe du Nord et d’Allemagne. Kari Palonen constitue de ce point de vue la référence incontestable, et ses collaborateurs/trices et ancien-ne-s doctorant-e-s font une grande partie du travail d’animation des réseaux européens d’histoire conceptuelle, en tout cas en science politique. Il y a aussi une forte présence allemande, sûrement du fait de l’importance de la Begriffsgeschichte de Reinhart Koselleck.

Troisième remarque : si l’animation du réseau est principalement localisée en Europe du Nord et en Allemagne (parmi les chairs/discutant-e-s des panels, on a 8 Allemand-e-s, 6 Suédois-e-s, 5 Finlandais-es, 6 sur 5 autres nationalités), il n’en va pas entièrement de même pour les participant-e-s. Ainsi, si c’est bien les Allemand-e-s les plus nombreux/ses auteur-e-s de papiers, avec 13 mentions, on trouve 11 Anglais-es, 8 Suédois-es, 5 Français-es, 4 Finlandais-es, 4 Italien-ne-s, 4 Suisses, 4 Hollandais-es, 15 autres sur 10 nationalités. Evidemment ces résultats sont à prendre avec des pincettes, car ils reposent sur l’institution déclarée (éliminant donc la question de la mobilité, du multi-ancrage, d’exceptions comme l’IUE de Florence…), et que les auteur-e-s et organisateurs/trices ont été compté-e-s  à chaque mention, ce qui peut donner aux pays de quelques individus centraux un poids légèrement surdimensionné. Toujours est-il que la situation des personnes travaillant au Royaume-Uni, présentes dans les papiers mais pas dans l’organisation, est intéressante et mériterait une analyse plus poussée.

Pour poursuivre, il faudrait étudier le statut des personnes concernées, car il semble à première vue y avoir parmi les organisateurs/trices une sur-représentation des chercheur-e-s en post-doctorat. On pourrait aussi regarder les concepts les plus travaillés, peut-être les auteur-e-s les plus cité-e-s (mais il faudrait pour cela un accès aux papiers), comparer à la fois les thèmes et les caractéristiques des participant-e-s avec d’autres sous-disciplines proches comme la théorie politique et l’histoire des idées, comparer avec d’autres congrès internationaux…. Quoiqu’il en soit, l’histoire conceptuelle semble, de congrès en congrès, prendre une certaine importance dans l’ECPR, ce dont je me réjouis vivement.