Lire les Rougon-Macquart

Dans Changing places, David Lodge évoque un jeu fondé sur l’humiliation culturelle, joué par des universitaires : chacun à son tour doit dire le nom d’un ouvrage qu’il n’a pas lu, et marque des points en fonction du nombre de personnes qui l’ont lu. Ainsi, les manquements les plus graves à la culture commune de son groupe social, les plus difficiles à assumer, sont les mieux récompensés.

Si je devais jouer à ce jeu en France, a fortiori entre universitaires dûment doctorisés et spécialistes de la France du XIXe siècle, je pense que je pourrais amasser un nombre considérable de points en avouant mon ignorance totale d’Emile Zola. Je n’en ai simplement jamais lu une ligne, même pas au collège, au lycée, ni en prépa (pourtant littéraire). Cela explique peut-être en partie, étant lecteur de Stendhal et de Balzac, mon intérêt pour le premier XIXe siècle, et mon incapacité crasse à penser au-delà de la Seconde République (L’Education sentimentale y est peut-être aussi pour quelque chose).

Inversant l’ordre des causes et des conséquences, la nécessité professionnelle de commencer à « sentir » le second XIXe siècle, en particulier la période charnière du Second Empire, dans le cadre de travaux en cours sur le mouvement ouvrier, m’amène à vouloir combler ce vide. Et puisqu’il ne saurait être question de faire les choses à moitié, je compte bien m’enfiler l’intégralité des Rougon-Macquart. Et faire des compte-rendus de lecture à chaque volume.

De ces livres, je ne connais pas grand chose, si ce n’est qu’ils ont été écrits pendant la Troisième République et qu’ils couvrent le Second Empire, qu’ils ont pour fil conducteur les membres d’une famille, les Rougon-Macquart, et que Zola essayait d’y illustrer ses théories – assez communes alors – sur l’hérédité.  Des vagues souvenirs scolaires me font rattacher Zola au naturalisme littéraire, à l’affaire Dreyfus, à la construction de la figure de l’intellectuel engagé, bla bla bla. Ce ne sont clairement pas les éléments qui vont m’intéresser dans ma lecture.

Celle-ci sera plutôt orientée par les problématiques qui me sont familières – l’histoire des idéologies, l’interprétation des événements politiques, la description du monde ouvrier et de ses formes d’organisation. D’autres questions naîtront sûrement à mesure de la lecture ; il me suffira d’éditer ce billet pour donner l’impression que j’avais, depuis le début, tout prévu.

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Un commentaire

  1. journal de thèse

    S’il fallait y jouer en science politique je dirais que le cours du Bourdieu est toujours au top, le cours du Dobry est bien remonté avec les révolutions arabes, le cours du Badie est toujours assez bas (c’est un peu « l’action eurotunnel » dans ce jeu…). Il faudrait aussi jouer à un autre jeu, chacun à son tour doit dire un livre qu’il a lu et celui qui a lu le plus honteux a gagné : le cours du Lagrange est toujours très haut de ce point de vue.

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