Bien finir sa thèse (2) : la soutenance

On est déjà mi-novembre, et il est grand temps de parler un peu de la soutenance de thèse, pour faire suite à ce billet sur la fin de thèse.

Une fois la thèse rendue, vous pouvez un peu souffler. Le plus dur est fait, et vous avez entre 1 et 3 mois jusqu’à la soutenance. Quand est-ce qu’il faut commencer à vraiment la préparer ? Une bonne règle peut être de s’y mettre au moment où l’on reçoit les pré-rapports. Ceux-ci seront des évaluations de quelques pages réalisées par les rapporteurs/trices que votre directeur/trice et vous avez choisi-e-s au moment de la composition du jury. D’un point de vue réglementaire, les pré-rapports doivent arriver 2 semaines avant la date de soutenance au plus tard, ils arrivent généralement un peu avant. Attention, les pré-rapports ne vous sont pas communiqués directement, ils sont censés arriver à l’établissement, qui vous les communique, mais il n’y a aucun délai légal minimal de ce côté-là. Dans les faits, il n’y a souvent pas de problème et vous les recevrez par les rapporteurs/trices ou votre directeur/trice. Mais restez vigilant-e, et quoiqu’il arrive si 15 jours avant la soutenance vous n’avez pas vos pré-rapports, contactez directement le service des thèses.

La découverte des pré-rapports est souvent un moment de stress, et à raison : leur contenu va largement donner le ton de la soutenance. En effet, lors de la soutenance, les rapporteurs/trices seront les premier-e-s à parler (après le directeur/trice, qui sauf exception ne devrait pas porter un jugement trop dur sur votre thèse), et ils/elles diront essentiellement ce qui était déjà inscrit dans leur pré-rapport. Du coup, des rapports positifs annoncent une soutenance qui va bien se passer, plus mitigés ils laissent entrevoir la possibilité d’un moment un peu plus sport. Mais n’ayez pas trop d’inquiétude : les pré-rapporteurs/trices peuvent aussi recommander que la soutenance ne se tienne pas, donc si vous êtes autorisé-e à soutenir, c’est de toute façon que ça finira bien par la délivrance d’un diplôme de doctorat !

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(CC BY-NC 2.5 https://xkcd.com/1403/)

 

Le discours de soutenance

Les pré-rapports ont aussi une fonction cruciale : vous aider à préparer votre discours de soutenance. Evidemment, vous n’allez pas dans ce discours répondre point par point aux objections des rapporteurs/trices, ce n’est pas le but, mais si certaines grosses critiques sont présentes, il faut bien les noter, les peser, et s’en souvenir au moment du discours. Celui-ci joue en effet un triple rôle. D’abord, c’est un exercice un peu formel dans lequel vous allez montrer votre maîtrise des codes de cet échange universitaire particulier. Ensuite, c’est l’occasion de présenter de manière resserrée aux membres du jurys, mais aussi au public, les points principaux que vous souhaitez faire ressortir de votre travail. Enfin, et c’est là que les pré-rapports jouent un grand rôle, vous pouvez dans le discours préparer les armes qui vous serviront ensuite à vous défendre contre certaines critiques plus directement. Vos réponses auront d’autant plus de poids qu’elles ne sembleront pas sortir de nulle part, mais s’appuyer sur la présentation que vous aurez vous-même faite de votre travail.

Concrètement, que mettre dans votre discours de soutenance ? C’est très variable selon les disciplines et vous avez généralement une vraie marge de manœuvre. Selon les disciplines, sous-disciplines, parfois établissements, vous serez aussi encouragé-e (ou pas) à venir avec des diapositives à projeter. Quant à la durée de votre discours, elle est là aussi variable, souvent entre 10 et 25 minutes, mais c’est à vérifier avec votre directeur/trice. Quelques principes me semblent pouvoir néanmoins être mis en avant dans la plupart des cas :

– Avant d’écrire, reprenez votre thèse ! Ca ne veut pas dire la relire entièrement, mais normalement, après avoir vécu avec pendant des années, vous avez sûrement pris de la distance depuis le dépôt. Le moment est venu de vous replonger dedans, de relire vos introduction et conclusion, notamment, et de prendre quelques notes. Si tout va bien, vous allez redécouvrir un peu votre thèse comme lecteur/trice, ça va vous plaire et vous remettre dans le bain.

– Quand vous composerez votre discours, n’oubliez pas que vous vous adressez avant tout au jury, qui normalement a lu votre thèse et donc n’a absolument pas besoin (ni envie) d’en entendre un résumé. Ceci étant, il ne serait pas très élégant (ni très sympa pour le public) de faire allusion à de les éléments de votre thèse sans en préciser le contenu. Il faut donc éviter à la fois le résumé, et d’être trop allusif/ve. C’est un équilibre à trouver.

– Une façon de trouver cette équilibre est de légèrement décaler votre propos : vous n’allez pas répéter ce que vous avez écrit dans votre thèse, mais prendre de la distance, expliquer dans quel parcours de recherche elle s’inscrit, pour répondre à quelles questions, comment vous avez construit vos sources et votre méthode, quelles pistes sont ouvertes, etc. Le but ici est de prendre du recul par rapport à votre thèse, un objet désormais fini, un travail achevé, dont vous ouvrez la discussion.

– En conséquence, le niveau de discours ne doit être ni trop jargonnant, ni trop personnel et relâché. Vous devez vous situer sur le plan d’une discussion scientifique, mais sans essayer de redire à l’oral en 15 minutes ce que vous avez mis des années à écrire en X centaines de pages. Choisissez donc quelques questions centrales, quelques éléments clés de la construction de votre objet, mettez tout ça en récit, plutôt que dans un discours statique et figé, cela rendra l’écoute plus agréable à la fois pour le jury (qui apprendra des choses nouvelles sur votre démarche, pas présentes dans votre thèse) et pour le public (qui pourra vous suivre et découvrir votre recherche).

– Il est très important de résister à la tentation de porter un regard critique ou négatif sur sa thèse. C’est une tentation, car vous avez forcément des points dont vous n’êtes pas entièrement satisfait-e, et vous voulez montrer au jury que vous en êtes conscient-e, que vous n’êtes pas dupe de votre propre travail. Ne faîtes pas ça. Vous avez fait des choix, tout au long de votre thèse, et le but de votre soutenance est d’expliquer ces choix, de les défendre sereinement, sans pour autant être têtu-e, mais sans donner l’impression de faire votre autocritique. Evitez les formulations négatives, voyez et présentez les limites de votre travail comme des pistes restées ouvertes, pas comme des insuffisances.

 

Ce n’est pas parole d’évangile, et n’hésitez pas à suivre une autre voie si elle vous semble préférable ou plus adéquate à votre discipline ou établissement. Vous pourrez trouver plus de conseils dans ces deux posts de blogs plutôt bien faits : celui de François-Xavier Roux-Demare et celui d’EFiGiES. Il y a aussi des conseils utiles dans ce cours de Christian Puren. En anglais, de bons conseils généraux ICI. Vous pouvez aussi regarder mon propre discours de soutenance. Le relire aujourd’hui me pique les yeux et il est plein de petites maladresses mais la structure générale ne me semble pas rédhibitoire.

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(c) Jorge Cham http://phdcomics.com/comics/archive.php?comicid=570

 

Préparer la soutenance

Une fois le discours de soutenance écrit, vous avez fait le principal, c’est bien, mais ce n’est pas fini. Il va falloir le polir et vous le mettre en bouche, et pour ça rien de mieux que d’organiser un ou plusieurs soutenances blanches. N’hésitez pas à solliciter des collègues et ami-e-s, cela ne prend pas beaucoup de temps et ça peut être un moment sympa. Ne vous y épuisez pas non plus, hein. Hormis l’amélioration du discours lui-même, les soutenances blanches vont aussi vous permettre de préparer les questions-réponses : n’hésitez pas à lister les questions qu’on vous pose, à rajouter ensuite à tête reposée les questions auxquelles vous pensez pouvoir vous attendre, et rédigez des réponses courtes. Evidemment, le jour de la soutenance, vous n’allez pas les lire, mais ça vous mettra dans l’ambiance, et surtout ça vous préparera à donner des réponses concises. C’est un point fondamental : lors de la soutenance, vous allez avoir beaucoup de questions, et souvent très peu de temps pour y répondre. Il faut s’habituer à aller droit au but, sans passer de longues minutes à vous justifier et à digresser. Et comme tout le reste, c’est quelque chose qui s’apprend et se travaille.

Reste enfin à vous occuper de détails pratiques : prévenez bien en avance votre famille, vos ami-e-s et vos collègues, allez voir la salle dans les jours qui précèdent la soutenance, si vous pouvez, pour vous familiariser un peu avec les lieux, procurez-vous des bouteilles d’eau pour vous et les membres du jury, réservez une salle pour le fameux pot de thèse et préparez-le – ou mieux, déléguez-en la préparation à la famille ou aux ami-e-s ! Le jour même, prenez le temps de vous préparer (le dress code varie selon les disciplines et les établissements, mais quoiqu’il en soit, soyez à l’aise et si possible un peu rayonnant-e), arrivez bien en avance, mettez des petites affiches pour le public si besoin, faîtes des exercices de relaxation ou de méditation si c’est votre truc, puis accueillez progressivement le public et les membres du jury – ça devrait aider un peu contre le stress d’occuper la position d’homme ou de femme du jour avant même le début de la soutenance.

 

La soutenance elle-même… ça dépend des gens. Pour certain-e-s, c’est un tunnel, dont la traversée n’est pas très agréable, même quand ça se passe bien. Pour d’autres (allez, je pense que c’est la majorité), c’est un super moment, voire le meilleur de leur vie professionnelle, même parfois quand ça ne s’est pas ultra bien passé. Soyez sûr-e en tout cas que vous en sortirez transformé-e, et pas seulement parce que l’on vous aura décerné le grade de docteur-e. C’est un moment exceptionnel, n’hésitez pas à l’enregistrer (avec l’autorisation des membres du jury), à faire prendre des photos, etc. Et une fois cette affaire faite, profitez du pot de thèse (et organisez un petit truc ailleurs le soir, avec les copains et copines, c’est le genre de journées qu’il serait dommage de finir trop tôt et trop sobre).

Voilà, après l’épreuve, vous êtes docteur-e. Il reste à récupérer votre attestation de doctorat, qui vous servira dans les démarches administratives à suivre, en attendant le diplôme lui-même. C’est le travail du/de la président-e de jury de s’occuper de la signature du PV de soutenance puis la rédaction du rapport de soutenance. Cependant, vu que c’est un document crucial car il vous (pour)suit dans tous les concours de l’enseignement supérieur et de la recherche (en France en tout cas), n’hésitez pas à pousser votre directeur/trice à rester vigilant-e. Surtout si vous avez soutenu en décembre et qu’il faut que tout le monde soit très très réactif pour que vous puissiez présenter votre dossier au CNU. Vous avez la possibilité, à la discrétion du/de la président-e de jury, d’ajouter en début de rapport un résumé de votre discours introductif, n’hésitez pas à le faire le cas échéant (en l’écrivant à la 3ème personne, car ça sera une partie du rapport).

Voilà, si vous lisez ce billet avant votre soutenance, il me reste à vous dire bravo, profitez bien, et bon courage pour la dernière ligne droite !

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Un commentaire

  1. Pingback: Bien finir sa thèse (1) : vers le dépôt | Samuel Hayat - Science politique - Mouvement ouvrier, démocratie, socialisme

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