Bien finir sa thèse (1) : vers le dépôt

C’est la rentrée, et parmi son cortège de petits plaisirs, celui de voir des collègues en voie de finir leur thèse n’est pas le moindre. Contrairement à ce qui a lieu dans la plupart des pays, le calendrier du Conseil national des universités (CNU) fait qu’une bonne partie des soutenances en France se déroulent entre octobre et décembre. En effet, pour demander sa qualification à l’exercice des fonctions de maître de conférence (MCF), nécessaire pour ensuite postuler lors de la campagne synchronisée de MCF, il faut avoir soutenu sa thèse avant une date donnée (pour la session 2017, c’est le 14 décembre 2016). Du coup, par rapport aux candidatures MCF (ou CNRS d’ailleurs), ça n’apporte pas grand chose de soutenir plus tôt dans l’année civile. D’où embouteillages, et ça devrait à mon avis être réformé, mais c’est une autre histoire. Bref, c’est l’occasion rêvée pour dire quelques trucs sur la fin de thèse, principalement à partir de mon expérience et de celle de mes ami-e-s.

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Commençons par les quelques mois qui précèdent le dépôt de la thèse. On peut dire que la période de la fin de thèse commence quand trois éléments se mettent en place : on a une date de soutenance, un jury et, le plus important, un corps de thèse rédigé. Pas forcément tout, mais suffisamment pour être sûr-e de pouvoir déposer dans un temps resserré. En gros, dès qu’il ne vous reste à écrire que l’intro, la conclusion, la biblio et les annexes, vous pouvez contacter votre directeur/trice pour lui proposer de fixer une date : il vous reste au jugé entre trois semaines et trois mois de travail.

Une fois que la date et le jury sont fixés, le compte à rebours commence : vous entrez dans une période merveilleuse où le stress et l’excitation vont vous permettre de dégager une très grosse capacité de travail. Ca se paie, physiquement et psychiquement, mais sur le moment c’est souvent assez agréable de se découvrir capable de ça. Profitez-en. Et ne vous relâchez pas : il y a encore des tonnes de choses à faire, des choses plus chronophages qu’on ne se l’imagine. Petit tour d’horizon :

  • Evidemment, le plus important et ce qui prend le plus de temps, c’est d’écrire introduction, conclusion et transitions. Tout le monde le dit, à juste titre : ce sont des parties cruciales de votre travail, les premières (et souvent les seules) qui seront lues par les collègues (en dehors, espérons-le, des membres du jury). C’est surtout vrai pour l’introduction. Mais attention : ce n’est pas une raison pour s’y perdre. Si vous avez attendu la fin de thèse pour écrire l’introduction (ce que je vous conseille très très vivement), c’est aussi pour pouvoir l’écrire en connaissance de cause, avec toutes les cartes en main. C’est rare, mais certaines personnes se trouvent paralysées à ce moment-là de l’écriture. Si ça vous arrive, demandez-vous sérieusement pourquoi (sur un plan tant scientifique que psychologique), faîtes-vous aider si nécessaire, et avancez. Vous y êtes presque.

 

  • Une fois que vous avez tout, vient le moment de la relecture. Pour la relecture, si vous avez bien fait les choses (i.e. si vous avez envoyé en amont vos chapitres à votre directeur/trice et à des expert-e-s extérieur-e-s), vous n’avez plus à être relu sur le fond, mais seulement sur la forme (à part pour l’intro / la conclu éventuellement). Demandez à un-e proche, pourquoi pas même quelqu’un-e qui n’a rien à voir avec le monde académique, car à ce stade vous ne voulez pas forcément des commentaires qui vous amèneraient à revoir des choses en profondeur. Il fallait le faire avant. En plus de la relecture extérieure, il faut que vous vous relisiez aussi, ne serait-ce que pour fignoler vos transitions et pour mettre au point ou vérifier votre bibliographie.

 

  • Ah, la bibliographie… Nous sommes très très inégaux/les devant cette tâche. D’abord parce que certain-e-s font des thèses sans souffrir de névrose obsessionnelle et ne comprennent donc pas à quel point c’est jouissif de faire une belle biblio. Triste. Mais bon, surtout, certain-e-s ont utilisé un logiciel de base de données bibliographiques type zotero tout au long de l’écriture. Ce sont des malins, du coup ils et elles peuvent juste appuyer sur un bouton, et hop, une bibliographie apparaît d’un coup. Cependant attention, vous avez beau avoir fait le bon choix en amont, il faut quand même relire très attentivement : la base de données contient forcément des coquilles, le processus de collecte donnant rarement des résultats parfaits. Ca sera l’occasion de nettoyer votre base de données, c’est long mais ça en vaut la peine. Après, deuxième catégorie, les gens qui n’ont pas utilisé ce type de logiciels (grosse grosse erreur). Si vous avez fait la biblio au fur et à mesure, vous avez juste à faire un copier-coller, vous avez toujours tort de pas avoir utilisé zotero mais vous ne vous en rendez pas encore compte. Ca viendra. Reste la catégorie des gens qui n’ont pas zotero et pas fait de bibliographie sérieuse au fur et à mesure. Mon conseil : passez à zotero. Oui, même à 15 jours du dépôt de la thèse. Ca va être long et pénible, mais au moins ça sera fait, vous pouvez faire ça en relisant votre thèse en même temps, vous pourrez compléter vos références, et à la fin, quel bonheur, un clic et hop la biblio est là (ce conseil ne vaut que si vous comptez continuer la recherche ; sinon c’est moins pertinent). C’est ce que j’ai fait, à trois semaines du dépôt de la thèse, je ne l’ai pas regretté. Pour finir, une fois la bibliographie écrite ou générée, vous pouvez la classer en catégories si vous le souhaitez, il y a plusieurs écoles, pour ma part je trouve que c’est pas très utile pour une thèse mais à vous de voir. Par ailleurs, je conseille vivement de ne mettre que les ouvrages et articles cités ; le but n’est pas de mettre toutes les références lues, encore moins toutes les références existant sur votre sujet, mais bien toutes les références effectivement utilisées.

 

  • Les autres annexes nécessaires dépendent complètement de la discipline et de la sous-discipline, difficile de donner des conseils généraux sur ce point. Une exception : l’index. A priori, quelle que soit votre discipline (en tout cas en SHS), vous aurez cité des gens et utilisé des concepts, ouvrant la possibilité à au moins un index des noms et un des notions. D’un point de vue technique, c’est relativement simple, il suffit de faire un tableau comprenant les termes à repérer et la façon dont ils doivent apparaître dans l’index, puis votre traitement de texte va générer l’index automatiquement (pour Word, en mettant des balises partout, ce qui fait que même si la pagination change, l’index s’adaptera). Après, il y a toujours des petits problèmes à régler, par exemple s’il y a des homonymes ou si des personnes citées portent des noms utilisés aussi comme noms communs (coucou Louis Blanc). Comptez une dizaine d’heures pour l’index des noms, peut-être un peu plus pour celui des notions. Après, est-ce nécessaire ? Tout dépend. Ca fait bien, en tout cas, et ça peut être utile aux lecteurs/trices, surtout l’index des noms. Si vous avez un jour d’avance sur votre programme, c’est pas idiot de l’utiliser à ça.

 

  • Pour vous récompenser de votre travail, faîtes vous le plaisir de rédiger les remerciements. C’est toujours un moment agréable de se remémorer de toutes les personnes qui ont aidé à la réalisation de votre chef d’oeuvre, alors ne bâclez pas ça si vous pouvez.

 

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Voilà, normalement à ce stade vous avez un manuscrit complet, avec intro, conclu, annexes. N’oubliez pas le résumé et les mots-clés (en français et en anglais), ainsi que la page de garde, mais ça devrait aller rapidement. Maintenant, passez le tout en pdf : c’est important, car c’est là que vous verrez s’il y a des problèmes de mise en page. Normalement, vous aurez utilisé une feuille de style (souvent imposée par l’établissement), ce qui limite grandement les chances de problèmes, mais on se sait jamais. N’oubliez pas quelques règles simples de mise en page (les chapitres commencent sur la page de droite, par exemple, donc aux numéros impairs, par convention on ne numérote pas la page de garde, ce genre de choses) et tout ira bien, vous aurez un joli pdf bien propre à imprimer. Félicitations.

 

Mais tout ceci ne représente qu’une partie du travail – certes la plus importante. Il y a un autre aspect dans la préparation du dépôt de thèse, c’est tout le côté administratif. Les conditions sont ici très variables selon les établissements, mais une chose est sûre : il est très risqué d’attendre le dernier moment pour organiser sa soutenance de thèse, et donc le dépôt. Une fois que vous avez fixé une date avec votre directeur/trice et les membres du jury (normalement cette tâche ne vous incombe pas mais dans les faits vous serez sûrement mis-e à contribution), il est impératif d’aller au plus vite voir les services administratifs concernés (école doctorale + bureau de thèse) pour faire savoir votre date prévue de soutenance, réserver une salle (plus vous viendrez tôt dans l’année, plus vous aurez des chances d’avoir une bonne salle) et vous faire expliquer plus en détail la procédure de dépôt.

 

Tout ceci est désormais réglé par le très poétique arrêté du 25 mai 2016 « fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat ». Oui, c’est récent, et pas mal de choses ont changé, du coup je vous conseille vivement d’aller lire cet arrêté.

Un élément crucial est la question du délai. Si l’on suit l’arrêté, le/a doctorant-e doit déposer la thèse un mois avant la soutenance. Dans les faits, la plupart des établissements demandent un délai considérablement plus long (entre 8 et 12 semaines). Il y a là une vraie marge de négociation, sachant bien sûr que plus vous aurez prévu en amont, plus simple ça sera. Attention néanmoins à prévenir les membres du jury, surtout les pré-rapporteurs/trices, si vous souhaitez repousser un maximum la date de dépôt : ils et elles sont censé-e-s rendre leur pré-rapport deux semaines minimum avant la soutenance, donc si vous rendez pile un mois avant la soutenance, ça leur laisse peu de temps. Ca se gère, mais là aussi, prenez vous y très en amont. Une fois que vous avez déclaré une date de dépôt, essayez de la respecter : vous allez mobiliser pas mal de personnes pour vous lire, elles sont peut-être (sûrement) dans d’autres jurys de thèse et ont organisé leur agenda en fonction, et ce ne serait ni poli ni stratégique de ne pas respecter vos engagements (sauf souci imprévu évidemment).

Quand approche enfin le jour du dépôt, une question fondamentale se pose : l’impression. Jusqu’ici, les doctorant-e-s devaient faire imprimer leur thèse et la déposer en X exemplaires, pour les membres du jury et la bibliothèque (avec souvent la nécessité d’en imprimer quelques-uns de plus pour les futures qualifications). Cela donnait lieu à des combats épiques pour voir ce coût parfois important pris en charge par le laboratoire ou l’école doctorale. Depuis le nouvel arrêté (art. 24), les choses sont censées avoir changé. Désormais, et c’est un changement très bienvenu, le/a doctorant-e dépose seulement un fichier électronique, point. S’il y a des exemplaires à imprimer (à la demande des membres du jury), c’est à la charge de l’établissement, et non du ou de la doctorant-e. Ca, c’est sur le principe, reste à savoir comment ça va être appliqué. En cas de problème, n’hésitez pas à imprimer l’arrêté et à le montrer au bureau des thèses, mais soyez souples : s’il est hors de question que vous déboursiez un centime, il est possible que vous deviez vous charger vous-même de gérer l’impression avec la reprographie. Ne cédez pas sur l’argent, mais ne vous lavez pas entièrement les mains de cet aspect : ce n’est pas à vous d’organiser l’impression, certes, mais ce n’est pas non plus aux membres du jury de se battre pour obtenir un exemplaire papier s’ils et elles le souhaitent.

 

Voilà, c’est très résumé et il manque sûrement beaucoup de choses, donc n’hésitez pas à contribuer par vos commentaires ! A bientôt pour la deuxième partie de cette note, sur la préparation de la soutenance. Bon courage à tou-te-s.

 

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  1. Pingback: Bien finir sa thèse (2) : la soutenance | Samuel Hayat - Science politique - Mouvement ouvrier, démocratie, socialisme

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